Akira Mizubayashi : une langue venue d’ailleurs

J’avais bien remarqué, dès sa sortie, début 2011, le livre d’Akira Mizubayashi. Comment rester indifférente à cet écrivain japonais qui se passionne pour notre langue française ?

La collection « L’un et l’autre » de chez Gallimard, dans laquelle est publié ce livre est un gage de confiance. J’ai toujours apprécié, voire adoré, les livres de cette collection dirigée par JB Pontalis.

Enfin, le titre « une langue venue d’ailleurs » s’était parfaitement imprimé dans un coin de mon esprit.

Le titre sublime, exquis, me transportait déjà, dans un univers autre, dans mon imaginaire voyageur. J’adore, lorsque je voyage, tomber dans une langue inconnue.

La maîtrise du français par les écrivains étrangers : Cioran, Beckett, … , m’a toujours fascinée. Abandonner sa langue maternelle, adopter le français pour écrire, relève pour moi, d’une admiration intense. Tout cela attisait ma curiosité.

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Avec les tourments que j’ai vécus en ce début 2011, j’avoue humblement, que j’ai oublié le livre.

Mais lorsque je suis passée fin juillet, à la librairie Gallimard, boulevard Raspail, acheter quelques livres pour mes vacances, mon regard s’est arrêté devant ce livre que j’ai élu, sans aucune hésitation, pour m’accompagner dans mes voyages en Italie et au Liban.

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Ce livre est un essai sur l’amour de la langue française et l’apprentissage merveilleux de notre langue.

En ce sens, il s’insère parfaitement dans cette collection « l’un et l’autre », dont l’esprit est résumé ainsi :

« Des vies, mais telles que la mémoire les invente, que notre imagination les recrée, qu’une passion les anime. Des récits subjectifs, à mille lieues de la biographie traditionnelle. »

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Le français devient la langue paternelle d’A.Mizubayashi : Quel plus bel hommage rendre à un père aimant et aimé ?

Un père qui aura été à l’écoute de son enfant, qui aura tout fait pour lui permettre de s’élever, d’aller au bout de soi.

Mais le livre bien sûr va au delà de cet apprentissage du français, grâce à un magnétophone antédiluvien, au delà de la découverte de Rousseau ou des opéras de Mozart, au delà de ses études à montpellier ou Normale Sup et de ses professeurs exceptionnels.

Oui, ce livre m’a touchée car il décrit à merveille, dans un français le plus précis, le plus beau, le plus pur, l’errance d’un japonais qui a décidé, dans un certain sens, non seulement de parler le plus beau des français, mais aussi de « penser » comme pourrait le faire un français : c’est un peu comme « s’esperdre » dans notre langue, et donc perdre, oublier le japonais.

« Eperdu un mot qui ne calcule pas, qui n’arrête pas mais soudainement emporte vers l’improbable.
De l’ancien français esperdre qui veut dire perdre complètement, il signifie aussi troublé par une violente émotion. A miser exclusivement sur la perte, il ne connaît ni la mesure, ni la bassesse. Son envergure est immense et sa trajectoire bouleversante. Et s’il transfigure le regard, l’amour, la passion, c’est de toujours leur donner sa perspective de coeur qui bat contre le néant. »

J’ai adoré lire ce livre sur la Terrasse de l’Infini à Ravello, au petit matin, avant que le soleil ne vienne frapper ces bustes.

Là bas, chaque jour, la ligne d’horizon était abolie, la frontière entre le ciel et la mer était invisible : le ciel se noyait, se perdait littéralement dans la mer.

Penser de manière fluide, en passant d’un univers à l’autre, relevait du possible, traçait le chemin de vie, qu’a vécu A.Mizubayashi.

Je l’imaginais, flottant, navigant, entre deux langues, deux cultures, comme mon esprit se perdait entre ces deux univers aquatique et aérien.

Je ne vous en dirai pas davantage sur ce livre que je vous recommande chaudement. Lisez le, perdez vous dans la langue ciselée d’Akira Mizubayashi !

Je tenais à le remercier d’avoir cité les « Exercices d’admiration » de Cioran. C’est bien la première fois que je vois ce livre de Cioran, à mes yeux le plus beau, mentionné dans un essai.

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Je viens juste de lire l’entretien, qu’A.Mizubayashi a donné au Nouvel Observateur, début mai 2011 : Comment vivre après Fukushima. J’ai été saisie, car justement, je me trouvais au Japon à cette époque.  La sincérité, la justesse des propos me touchent et retranscrivent parfaitement le ressenti, le vécu d’une française qui a passé deux semaines, fin avril et début mai au Japon, à Tokyo, dans ce pays qu’elle affectionne.

Certes, je ne parle que quelques mots de japonais, je suis littéralement perdue dans cette langue, mais j’ai lentement et sûrement appris sur la culture japonaise et tous ses paradoxes pendant mes multiples séjours nippons.

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Je constate qu’à ce jour, le même silence aussi lourd qu’une chape de plomb, le même déni règnent sur cet accident dramatique.

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Lien vers le site d’Akira Mizubayashi

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Liens vers les articles que j’ai écrits sur le Japon:

-de l’après Fukushima

En route pour le Japon 

Tremblements de terre, tsunami et accident nucléaire au Japon

Tokyo : samedi 7 – Dimanche 8 mai 2011 

ainsi que des articles sur mes voyages au Japon de l’avant Fukushima :

Hiroshima mon amour …

Bleu piscine : du Park Hyatt Tokyo à la rocade des hommes-boîte

Jardins japonais – Kyoto

Calligraphie japonaise