En route pour la Perse ?

Depuis mon retirement, au dessus de ce cloître improbable, dans mon hôtel silencieux, je ne cesse de croiser la trajectoire de la Perse.

J’écris depuis le silence de la terrasse de l’infini, je me perds dans l’infini de l’horizon, la baie de Salerne pour mieux m’esperdre dans la Perse.

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Les signes étaient tangibles :

D’abord, il y a eu ce film, “la séparation”, que j’ai pu enfin voir dans ce petit cinéma provincial.

Dans cette séparation, je retrouve la beauté des persans, leurs cheveux noirs, denses, magnifiques s’ils les laissent pousser. Je n’ai alors qu’une seule envie, plonger ma tête pour planter un baiser dans ces cheveux souples. Ma main les caresse en rêve. Ma main se meut pour caresser ces cheveux que j’imagine.

J’aime la carnation si singulière des persans, à mi-chemin entre le clair et le mat. Ce mi-chemin, tel un trait d’union, possède la sonorité douce et grave, parfois même légèrement rauque, et sensuelle de l’oud, mais aussi celle de la langue persane.

Entendre parler arabe ou bien persan, relevait du miracle, m’a transportée quelques semaines en avance, dans ces pays que je vais rejoindre fin août ; je me rendrai d’ailleurs, rue des Perses à Beyrouth.

Je suis renversée, bouleversée.

Du film, je retiendrai l’imbrication des histoires.

Elle me renvoie à cette cage d’escalier, véritable pièce du film ! J’ai adoré cette cage d’escalier, si typique de celles que j’ai grimpées à Alep, Damas, ou ailleurs, en Syrie. Le scénariste nous fait grimper cet escalier et entremêle les histoires intimistes, nous guide, tout en laissant libre cours à notre imagination, au champ des possibles, puisque chaque spectateur aura construit son film, aura fait preuve de liberté.

J’ai aimé les prénoms qui m’ont fait rêver : Nader, Simin, Taraneh, ….

J’ai aimé la lenteur du film, qui nous place dans un Iran qui ne va pas à la vitesse de la lumière, au contraire de notre vie délirante en occident !

J’ai aimé le jeu spontané de cette petite fille, curieuse, qui observe à merveille, les adultes et leurs tourments et dont le cameraman met en exergue les yeux et le regard, en particulier au début du film.

J’ai aimé le jeu extraordinaire des acteurs, en particulier celui de ces deux hommes, l’un  désespéré par la misère qu’il vit. Il s’en remet au Coran, à sa femme. L’autre, désespéré par l’amour qu’il porte à son père, au détriment de celui pour sa fille.

Plus qu’en occident, les épouses, les femmes, ne semblent avoir de l’importance dans leur vie. Les femmes n’existent pas, si ce n’est pour la reproduction, et ont une vie de prisonnière.

Leurs racines et leur descendance sont tout pour ces hommes.

J’aurai pourtant rencontré des hommes qui ne voulaient pas entendre parler de « reproduction »…, de procréation. Les femmes défilaient dans l’éphémère, l’épouse représentait le statut social, asseyait l’homme dans sa virilité sociale. Et oui, ainsi, fallait-il finir par avoir des enfants, pour satisfaire, parfaire cette image sociale.

En aparté, je me demande pourquoi n’ai je jamais voulu me reproduire ? Je ne me suis jamais posé la question, tant cela relève de l’évidence, de la certitude, du choix :

  • Je n’ai jamais eu confiance dans l’humanité, puisqu’avant l’âge de 5 ans, j’avais déjà décidé que je n’aurai ni époux, ni enfant,
  • j’ai choisi la liberté, l’absence de responsabilité,
  • je n’ai aucun amour à recevoir ou à donner, dans mon monde glacial où la douceur n’existe pas, n’a jamais existé,
  • je ne suis pas altruiste et ne travaillerai pas pour l’humanité ; mon instinct de reproduction ne s’est jamais développé ; celui de ma survie est limité, restreint en ce qui me concerne, …

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Et puis,

dans ce salon désert de Paris, en ce début août, que je fréquente pour me ressourcer grâce à son service parfait, sa discrétion et son silence absolus,

dans ce salon dont personne ou si peu, soupçonnent la présence,  puisque sans vitrine, installé depuis les années soixante au premier étage d’un hôtel particulier,

j’avais retrouvé sa majesté, Farah Pahlavi, l’épouse du shah d’Iran.

Je n’ai qu’aperçu sa silhouette élégante, longiligne, belle, rejoindre, d’un pas assuré, discret, silencieux, noble le salon privé qui était le sien, qui l’attendait.

Sa démarche discrète et rapide  faisait qu’elle atteignait son but :  passer davantage inaperçue, malgré l’aura qu’elle dégageait.  Se ressourcer en pleine quiétude, sans être dérangée, en ce lieu rare, si singulier à notre époque, lui était assuré.

C’est exactement au même endroit, dans ce lieu précis, que j’avais croisé Françoise Giroud, peu après l’entretien qu’elle y avait accordé, mentionnant son regret de ne pas connaître les pays du moyen-orient. Je n’oublie pas ce vide souligné par elle, qui m’a donné l’idée, l’envie, le désir d’aller m’esperdre dans les pays du moyen-orient.

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Enfin, en sortant de mon immeuble, une somptueuse DS attendait au feu, plantée, arrêtée devant moi. J’avais pris le temps de la regarder avec ses lignes majestueuses, intemporelles et présentes. J’avais alors repensé à A., et à la DS de son père, la seule à Téhéran, avant la révolution de 1979. De fil en aiguille, je revoyais les DS et les ID de mon père. Combien en a-t-il possédées ? Combien de kilomètres avons nous parcouru en DS, depuis Paris, pour rejoindre la Scandinavie ou sillonner l’Europe du Sud ? Je préfère sans conteste, l’ID à la DS !

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Je quitte ma terrasse de l’infini, pour regagner la chambre 14, de la Villa Cimbrone, ma chambre, celle que j’habite et que j’ai décidé de faire mienne. Je retrouve ma filleule en larmes. Je l’avais réveillée en partant, mais elle ne pensait pas que je passerai deux heures :

  • à écrire sur cette parcelle de l’infini,
  • à scruter la progression de l’ombre des statues sur le sol,
  • à perdre mon regard dans le bleu du ciel qui se fondait dans le bleu de la mer,
  • à habiter cette terrasse, à la faire mienne.
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