Rêves et cauchemars

Dialogue avec l’ombre que je suis

Je n’arrive pas à croire que j’ai devant moi plus d’un mois de « vacances », de liberté totale, de rêves, désirs à combler.

J’ai conscience que tous ces rêves se réaliseront dans la solitude, tout comme mes écrits le font.

Tu n’as plus rien à attendre des hommes, aux yeux desquels tu n’existes plus. Face à ton inconsistance, à ta déchéance, il vaut mieux prendre bien soin de les éviter pour qu’ils ne te fassent plus de mal, par leur indifférence, leur silence, ou leurs mots blessants, leurs moqueries, l’humiliation qu’ils te font endurer chaque jour, chaque minute, chaque seconde.

« Réveille toi », sois réaliste, ne rêve plus, atterris enfin !

T’es tu regardée ? Regarde toi ma pauvre, avec le fardeau de tes 48 années. Tu es aveugle ? Même M.A a enfin reconnu que tout ce que tu avais vécu ces derniers mois et le couperet de cet anniversaire, donnaient un coup de vieux. Tu n’es qu’une loque.

Heureusement que nous sommes au XXIème siècle, sinon tu aurais été bonne pour le couvent, ou l’asile.  

Je préfère l’asile au couvent. Il me semble moins humiliant que le couvent, où tu ne peux éviter Dieu, cette invention de l’Homme ! Et arrête de me répéter que je ne suis qu’une loque ! Je le sais.

En plus, venant d’une ombre, tes propos relèvent de la facilité, ne trouves-tu pas ?

De toi, je ne vois qu’un contour, et une surface noire … Je peux te confirmer que déjà, en tant qu’ombre, tu n’es vraiment pas engageante ! Alors imagine, ce que je vis, moi qui ne peux me cacher, qui assume ma déchéance …. Franchement, j’ai atterri depuis longtemps.

Ma pauvre : Ton visage est flétri. Les plis s’attaquent à ton cou désormais. Tu es triste comme les régions les plus hostiles du globe. Tu ressembles désormais, à l’île de la désolation, à la baie de l’inutile. Ah oui, tu ne respires pas le bonheur, la joie. Tu ne fais pas envie. A te voir, n’importe qui aurait envie de fuir ! Moi-même, j’essaie en vain de me détacher de ta personne. Je vis l’enfer chaque jour et n’aspire qu’à la nuit, pour être libérée de toi.

Oui, tu as raison. Tout le monde me fait remarquer ma pâleur maladive, mes cernes. Tout le monde me fuit. Pour mon anniversaire, personne n’a pris la peine de m’appeler. J’ai reçu des emails brefs de ma nano famille. Ces messages ne sentaient que la pitié, la gêne. Il n’y a rien de pire ! Aucun n’aura eu le courage de me tendre la main. Tu vois à quel point j’inspire le dégoût.

Et bien, tu vois parfaitement ! Les faits sont là : tangibles, indélébiles. Tu ne mérites l’attention de personne, aucun amour. Tu es née, ainsi, dans le désamour. Et au bout de 48 années, tu n’as toujours pas compris le dégoût que tu inspires. Et tu oses aspirer au silence et à l’indifférence des autres. Oui, ce serait idéal pour toi. Mais tu ne le mérites pas, tant tu es abjecte. Permets moi de te rappeler que cela ne va pas aller en s’arrangeant.

Tu sais bien que j’ai choisi la voie de l’écriture et ai définitivement abandonné le monde des hommes, puisque je ne suis plus une femme, ni même, un être humain. Je ne suis que néant et vide. Je ne « suis » pas, je n’existe pas.

Bon,… pourrais-tu passer, s’il te plaît, à un sujet plus captivant ? 

*****

Mes vacances ! mes désirs d’écriture, mes folies d’évasion, « m’esperdre »! J’ai rêvé de désirs de folies cette nuit.

Raconte …. 

J’imagine, je dessine mon voyage en Italie. Je vais me retirer dans cet ancien palais, pendant plus d’une semaine. Bien sûr, je vais écrire, sur tous ces projets d’écriture qui arrivent !

Mais il me faut réaliser mes rêves, me reposer tant la fatigue m’a envahie, tant je souffre de ma condition humaine nulle, vide, obsolète.

Je vais « voler » au dessus de la péninsule Amalfitaine. J’approcherai la Villa Malaparte, non pas comme en 2009, par ce sentier terrestre, mais par la voie des airs : je vais aller à la conquête de cette villa sublime, en nageant dans l’espace !

En 2009, j’avais revu le Mépris, et j’avais adoré cette scène où Fritz Lang et Michel Piccoli rejoignent la villa par ce sentier magique, un sentier du plaisir !

J’ai décidé de longer cette côte à flanc de falaise, nager dans les airs, sur cette arête au bord du vide, dans la solitude qui m’accompagne. Personne ne m’en empêchera. Tu me connais : lorsque j’ai ce genre de désir en tête, ces désirs qui s’achètent, je vis mes folies et mes rêves !

Et puis, je vais écrire sur cette Terrasse de l’Infini que j’aurai pour moi seule.

Je scruterai le chemin parcouru par les ombres des statues sur le sol et je les accompagnerai lorsqu’elles quitteront la terrasse, pour se renverser, « s’esperdre » dans le vide, en fin d’après midi.

Cet endroit est une ruine aussi symbolique à mes yeux que celles de Baalbek.

Je ressens déjà ce vide que je suis et qui m’attend.

Oui, je te suis complètement, car ce vide, dans lequel tu vas te renverser, chaque jour, de ce séjour divin, est fait paradoxalement de plénitude ! 

*****

Et pourquoi ne parles-tu pas de ton voyage au Liban ? 

Tu sais parfaitement que je rêvais de retourner en Syrie. Je sais qu’il est paradoxal de dire cela : même si je ne suis rien, mon instinct de survie n’a pas totalement disparu, ne m’a pas conduit à cette folie ! Donc certes, je retourne au Liban, mais il n’y a pas que le Liban qui me fascine.

Ce voyage est bien trop loin devant moi. Il me semble à la fois tangible et improbable.

Comme je ne suis rien, n’existe pas, que ma liberté est totale, entière, je considère que je ne prends aucun risque à me rendre dans ce pays splendide, pour sublimer mon imaginaire. J’irai quoi qu’il arrive.

Il me faut découvrir davantage ce pays. J’ai besoin de retrouver l’aridité, me nourrir de sa beauté et vivre l’état de jouissance, de plaisir qu’elle me procure. Je veux me sentir à nouveau aérienne, rejoindre l’état d’extase, que j’ai vécu l’an passé.

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