Bleu Piscine : Skyline à Singapore

Avec ce passeport flambant neuf, qui me permettait enfin de sortir de France, de m’envoler vers l’ailleurs, j’ai pu faire un saut de trois petits jours à Singapour.

J’ai pu enfin voler sur ce monstre de technologies, ce paquebot des airs qu’est l’A380. J’ai adoré jeter un oeil curieux sur ces cabines dignes des palaces les plus luxueux, des trains les plus mythiques. Il ne manquait qu’une piscine pour flotter dans ce palace du ciel.

Le service de Singapore Airlines est trop sophistiqué pour moi. Stewards et hôtesses s’adressent à vous par votre nom. Cela manque de naturel.

Comme dans les avions modernes, sur ces longs courriers, ce siège se transformait en un lit délicieux.

Après avoir écrit, regardé défiler le paysage depuis le hublot, j’aurai dormi, rêvé. J’étais bercée par le ronronnement des moteurs et l’impression de flottement que procure tout voyage en avion. J’étais dans la matrice.

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L’orage grondait lors de cet atterrissage et la nuit régnait littéralement en plein jour. J’ai pu avoir mon premier tampon sur ce passeport, cette première marque et trace à venir.

J’étais glacée dans cet aéroport et lorsque ces portes automatiques se sont ouvertes pour que j’attrape un taxi, j’ai senti cet air chaud, humide, équatorial, entrer dans ma bouche, galoper le long de ma gorge, mes bronches et rentrer au plus profond de mes poumons.

J’ai ressenti littéralement, à cette première inspiration, la progression de l’air dans tout mon système respiratoire.

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Lors de mon premier et dernier séjour à Singapour, en 1993, le Raffles me comblait, me faisait rêver, me transportait… J’y avais pris mes habitudes pour le high tea, le brunch, le diner.

Mais là, c’est la silhouette du Marina Bay Sands Palace, ce paquebot reliant, dans les airs, trois immeubles flambant neufs qui était au centre de mon désir.

L’architecture relève-t-elle de la prouesse ?  Ce petit gratte-ciel a attiré mon regard même s’il ne correspond pas du tout aux lignes épurées que j’aime dans l’architecture.

J’ai été tout de même épatée par sa singularité, quelque peu prétentieuse, incongrue, à l’image de celle des palaces de Dubaï que l’on peut voir depuis Google Earth.

Le panorama fournit une vue sans égale sur la Marina, et les gratte-ciel de Singapour.

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Bien sûr, il me fallait me rendre et me perdre sur cette terrasse en suspension. Ma surprise et mon plaisir ont été comblés, lorsque j’ai découvert la piscine improbable du Marina Bay Sands Palace.

Longue de plus de 150 mètres, elle procure au nageur le rêve d’être dans l’air, au plus proche du vide, du haut de ces 55 étages tout en étant dans l’eau bleue verte, selon la couleur du ciel.J’ai pris tout mon temps, dans ce temps aboli, pour flotter dans l’espace, allongée sur un transat, dans cette chaleur moite de l’équateur qui vous assomme. En prenant ce darjeeling de printemps, je rêvais, désirais l’impossible.

Par magie, comme pour répondre à mon désir « esperdu », improbable, le lieu s’est vidé progressivement en cette fin d’après midi. J’ai alors saisi ce moment unique, magique. La place était vide, nette !

Je me suis levée, ai posé mes pieds contre le bord et ai plongé dans le vide symbolique de la piscine, pour rejoindre l’autre arête, celle qui se renverse réellement dans le néant et dans le vide.

Je me suis posée, reposée, quelques instants, regardant, de ce point intense, unique si singulier, le skyline assez quelconque de Singapour.

Alors que le désir du vide, et donc, dans un certain sens, celui du plein, montait,

alors que je m’apprêtais à franchir cette ligne du désir, pour me renverser dans le vide,

ma tête a violemment frappé la glace protectrice, stoppant net mon voyage vers ce pays où je n’arriverai donc jamais.

Je me suis réveillée, trempée, comme si je sortais de cette piscine. J’ai juste eu le temps de prendre deux comprimés contre ce mal de tête et ai rejoint très vite les bras de Morphée.

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