Musée du Jeu de Paume : Claude Cahun

Alors que je sortais de ma torpeur, que je réussissais enfin à quitter cette chambre sombre, l’idée d’aller au jardin des Tuileries a traversé mon esprit.

Le temps maussade m’a incitée à me replier sur le Jeu de Paume. Je ne connaissais rien de Claude Cahun, à qui le musée dédie une exposition.

Je me suis aussitôt posée la question : Est ce un homme ? une femme ?

L’ambiguité du prénom renforce l’interrogation, le doute.

Très sincèrement, lorsque j’ai fait un tour à la librairie du musée (ce qui est une sorte de rituel pour moi), en promenant mes yeux sur les images des catalogues, des cartes postales, des affiches, j’avoue que j’étais persuadée qu’il s’agissait d’un homme.

Les quelques photos survolées m’ont laissé une impression d’ambivalence, de malaise, liés à l’ego sur-dimensionné de cette artiste.

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L’exposition est majoritairement une mise en scène de l’artiste, par le biais d’autoportraits. Il y a bien quelques photos de ses amis, de son amante, mais l’essentiel est focalisé sur sa personne.

En se mettant en scène ci-dessus, à travers des jeux de miroirs, ou des montages, Claude Cahun cherche très certainement à exprimer l’angoisse et l’horreur des camps de concentration.

Certes…

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La focalisation des clichés sur sa personne m’a vite ennuyée. Qu’est ce que l’oeuvre de Claude Cahun : sa différence, sa personne et sa personnalité, certes en avance sur son époque, ou bien ses photos ?

J’ai trouvé qu’en tant que photographe, elle est une artiste mineure. La proximité du mouvement surréaliste et de ses grands photographes ne jouent pas en la faveur de la pérennité de son oeuvre.

Son oeuvre n’a rien à voir également, avec celle d’autres photographes femmes, ayant vécu à la même époque.
Lisette Model, par exemple, a un vrai talent, une curiosité, un « ailleurs » à nous transmettre, à travers son regard sur ses contemporains.

Le nombrilisme, l’egocentrisme de Claude Cahun sautent aux yeux et m’a mise mal à l’aise, au point de survoler l’exposition tant celle-ci devenait ennuyeuse. Je me suis surprise à prendre un appel téléphonique de ma nièce durant la projection du film qui lui est consacré et à quitter l’exposition en marchant d’un pas rapide dans la dernière salle.

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Impossible donc de me concentrer sur cette exposition. Je ne sais si cela est du à la fatigue extrême, à la tristesse intense qui m’imprègnent, ou à autre chose. Impossible d’adhérer aux photos présentées. Les clichés sont minuscules, les salles sombres, exactement à l’opposé de ce que j’avais adoré dans ce lieu, où j’avais admiré les immenses photos et la lumière zénithale, idéale pour l’exposition en hommage à l’oeuvre de Richard Avedon.

De cette exposition, je retiendrai peut-être une ou deux photos de « mains » :

Les mains photographiées ici manquent de naturel, de douceur. Elles sont excentriques, à l’image de la photographe.

Les mains me fascinent toujours autant mais je préfère tellement plus, celles inventées par Louise Bourgeois, ces Welcoming hands, qui viennent à moi, avec douceur et discrétion, lorsque je les regarde, à chacun de mes passages, dans ce parc en plein coeur de Paris.

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