Librairies parisiennes : WH Smith

Je pense que WH Smith est sans doute la première librairie dans laquelle je suis allée. Elle représente ainsi pour moi une partie de mon enfance.

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Cette librairie anglo-saxonne, se situe, dans le 1er arrondissement de Paris,  juste à la sortie du métro Concorde, à l’angle de la rue Cambon et de la rue de Rivoli. L’entrée du jardin des Tuileries, le musée du jeu de Paume sont juste en face.

J’aime y passer de manière impromptue, en particulier le dimanche, me perdre dans les rayons, et littéralement me plonger dans des livres de langue anglaise ou parcourir, assise parterre, au rayon des magazines, les revues d’art contemporain qui m’ouvrent des portes vers l’ailleurs.

C’est une des rares librairies à Paris, ouverte tous les jours, en particulier le dimanche après-midi.

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Enfant, j’allais avec ma mère à Paris. Nous prenions depuis notre petite ville du vexin, une vieille micheline à vapeur jaune et rouge. Ce train traversait les bidonvilles de la banlieue des années « soixante » non encore reconstruite. Je n’ai que de vagues souvenirs de ces images de la pauvreté qui défilait devant mes yeux. Je ne savais pas ce qu’était la misère. Je regardais avec angoisse, ces terrains vagues, ces abris en tôles ondulées ou en bois, ces enfants livrés à eux mêmes….

Lors de ce trajet en train, nous mangions toujours un sandwich préparé à la maison avec un fruit. J’ai le souvenir du goût des oranges dans ma bouche, ainsi que cette odeur de cigarette brune, de ces gitanes dont les volutes envahissaient l’espace en dansant.  Cette fumée me rendait malade. Ma mère fumait comme un pompier. Pour ce pique nique hebdomadaire, ma mère savait que j’aurais bon appétit.

Une fois arrivées Gare Saint Lazare, nous prenions un taxi pour aller vers la place de la Concorde, où ma mère allait se faire couper les cheveux. C’était un moment long et ennuyeux. Mais en sortant, chaque semaine, ma mère me montrait l’ambassade américaine où elle travaillait, avant ma naissance. Je rêvais de l’Amérique.

Mon voyage imaginaire démarrait pour se poursuivre chez WH Smith, cette librairie magique, aux vitrines toujours bien décorées.

Franchir cette porte marquait le temps fort de ce voyage, puisque je plongeais dans une langue inconnue. Ma mère me faisait rêver en me parlant de l’Amérique. Elle se perdait dans les livres, comme je m’y perds aujourd’hui. Je regardais les livres pour enfants, en essayant de déchiffrer ces mots anglais.

Le moment le plus délicieux était celui du « tea time ». Nous grimpions à l’étage avec nos achats pour prendre place au salon de thé : des scones chaud, du thé avec un nuage de lait nous attendaient dans cet entresol.

Ce salon de thé a été supprimé depuis longtemps, pour agrandir le magasin et faire place à de nouveaux rayons. Mais, à chaque fois que je monte cet escalier, pour jeter un oeil aux nouveautés philosophiques, aux rayons artistiques, je sens cette douce odeur de scones, envahir avec fluidité, mes pensées, l’espace d’un instant.

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Contrairement à une idée reçue, la langue anglaise développe une richesse, un spectre de précisions, aussi larges que ceux de la langue française. A chaque fois que cela est possible, je lis un livre dans sa version originale, dans la langue maternelle de l’auteur.

Comment apprécier sinon, le style de l’écrivain ?

Sans ces échappées parisiennes – davantage américaines pour l’enfant que j’étais -, aurais-je lu James Joyce, Jack Kerouac, William Styron, John Kennedy Toole, Jim Harrison, Don De Lillo, Jay McInerney ?  Sincèrement, je ne le crois pas. Je dois incontestablement à ma mère, cette attirance pour ces écrivains. Elle m’a donné « l’inception » de ce rêve américain, planté en moi, cette idée des voyages en Amérique, cette conquête de l’ouest, du nouveau monde (ou d’un monde nouveau).

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