Lessness

Rien ne me fait plaisir, rien. Je vis dans un univers lisse, sans pli, où tout glisse, tout part, s’en va. Rien ne semble pouvoir y adhérer.

Mon monde est sans couleur, sans lumière, sans odeur, sans goût, sans relief, sans bruit, sans émotion. C’est le monde du « Sans », de « Lessness », à l’image du livre de Samuel Beckett, tel que je l’ai ressenti.

Je déploie une énergie démesurée, qui m’épuise, pour tenter de m’agripper et ne pas glisser, partir avec le reste.

J’ai le sentiment d’avoir atteint un stade ultime, où je sors de mon corps et le regarde, me regarde et ne vois que l’inconsistance de ma personne, mon invisibilité.

Oui, il est évident que personne, ni aucun homme ne peut me voir, me remarquer, m’aimer. La solitude fait partie intégrante de ma vie. Aucun homme ne m’aura comprise, ne m’aura aimée. C’est précisément ce désamour, ce manque d’amour qui me donnent le vertige et accentuent le degré de la pente, cette surface lisse, sur laquelle j’arrive encore à rester, je ne sais par quel miracle.

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Aurais-je atteint le stade de l’acceptation du caractère fou et absurde de ma vie ?

La douleur mentale s’est repliée, a fondu comme neige au soleil. Mais cette douleur qui n’hurle pas en ce moment, se manifeste autrement.

Jamais mes insomnies n’auront été aussi fortes,

Jamais je n’aurai senti une telle tension dans mes mâchoires,

Jamais mes maux de tête ne m’avaient obligée à me tenir aux murs, pour éviter de tomber.

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J’envisage de ne plus aller voir M.A..

Il ne cesse de me répéter qu’il me faut l’amour d’un homme, qu’une vie de femme n’est pas finie à mon âge, que la situation peut changer.

Il fait son travail et déontologiquement, ne peut tendre une corde à une mourante, qui approche à grands pas de ses 48 ans. Je m’éloigne donc radicalement du monde féminin, pour rejoindre un monde neutre.

Aucun homme ne viendra prendre ma main. D’ailleurs, comment pourrait-il me trouver, puisque je me terre dans mon appartement pour écrire.

J’ai besoin de cette solitude pour respirer, écrire, vivre tout simplement. Cette solitude et ce besoin d’amour se contredisent absolument.

Non, cette situation ne peut pas changer. Elle ne peut que se dégrader.

Certes, mon monde est lisse et tout y glisse. Cette douleur s’est replié en un point, elle sommeille en moi, prête à exploser, tel un volcan, tel un tableau de Francis Bacon.

Dans ce désamour absolu, il reste sûrement la place pour la découverte, l’ailleurs, le voyage, tant que ma curiosité est prégnante.

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Le monde du « Sans », de l’absurde, le monde de Samuel Beckett m’envahit, me fascine de plus en plus.

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