52 semaines de déambulation : Pli 3

Historiette d’une française, lors d’un de ses voyages au Japon 

Novembre 2006 :

Je suis toujours ennuyée pour répondre à la question : Quelle est ta saison préférée ?

Je réponds invariablement : tout dépend du pays. L’automne est ma saison mentale, au Japon !

Le climat y est exquis : 25° et pas de pluie. Les érables flamboient et déploient leur splendeur.

Les citrons japonais (yuzus) et  le riz viennent d’être récoltés. Je peux déguster et sentir sur mon palais ce goût si particulier du riz fraîchement récolté.

J’adore passer quelques jours à Kyoto dans ma famille d’adoption.

Je parfume mon bain. L’odeur du cyprès, de ce bois utilisé dans la fabrique des baignoires japonaises, se marie parfaitement avec celle de ces citrons étonnants.

Deux couvercles en bois, conservent la chaleur de cette eau à la douceur unique.

Lorsque je rentre le soir, je retrouve ma chambre avec le futon déployé, le tokonoma, avec son kakemono et son bouquet de fleurs de saisons. J’aime cette atmosphère feutrée, où la matière du bois a toute sa place autour des tatamis, où les jeux des cloisons coulissantes plient ou déplient ces pièces pour s’adapter à votre vie.

Les shojis de papier marouflés ont été abaissés pour obturer les vitres. La lampe, près du tokonoma donne juste ce qu’il faut de lumière. Les pièces au Japon sont plutôt naturellement sombres, et l’étage noble est le rez de chaussée, puisque c’est le royaume du jardin !

D’une certaine manière, l’ombre de l’habitat japonais, magnifie la lumière extérieure, joue avec, exactement comme Pierre Soulages fait danser la lumière sur ses toiles noires.

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A force de déambuler dans Kyoto, dans ses environs, la campagne, … J’avais attrapé un mal de dos violent, aigu. Ne souhaitant pas que ces douleurs intenses gâchent ces quelques jours, j’avais demandé où il serait possible d’avoir un massage de Shiatsu. Le massage au Japon, fait partie d’une bonne hygiène de vie. J’avais été néanmoins surprise de l’air ennuyé de mes hôtes.

En leur souhaitant une bonne nuit, j’avais ajouté que ce n’était pas très important et que cela irait mieux demain. Je ne souhaitais pas les mettre dans l’embarras… mais il était trop tard.

Le lendemain matin, après le petit déjeuner, en quittant la maison, j’ai pu voir mes deux hôtes littéralement affairés dans des annuaires.

Lorsque je suis passée en début d’après midi pour déposer tous mes paquets, ils m’avaient fait venir dans la petite bibliothèque et m’avaient servi un thé. Leurs visages étaient radieux pour m’annoncer qu’une kinésithérapeute viendrait à domicile, pour effectuer un massage de shiatsu.

En dégustant ce thé vert délicieux, j’ai souri et ai confirmé le rendez vous, qu’ils avaient pris pour le soir même.

Le massage s’est envolé de mes pensées. J’ai réussi à faire un saut au temple de Shisendo. J’avais pris le bus. A l’inverse de la France, le passager, paie en sortant. Son son honnêteté va de soi, pour régler le prix juste !

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A 18H, j’entends frapper à ma porte. Je fais entrer Mme Hatochi. Elle me remet en s’inclinant sa carte de visite, puis me montre une grille tarifaire en anglais, à l’attention des étrangers, des « gaijins ». Prudente, je choisis l’option 1 : Massage tonique de Shiatsu : 30 minutes. J’hésite un instant et opte pour la « pression forte ». Soyons fous !

 Des cloisons avaient rétréci ma chambre d’un tiers, mais me procuraient un espace convivial d’une pièce d’appoint où un futon avait été installé.

Je n’ai même pas eu le temps de me demander si je devais rester habillée, ôter tous mes vêtements, …. Mme Hatochi me remet un papier plastifié m’indiquant les consignes à suivre. Je me retire quelques instants, dans ma chambre, pour revêtir cette blouse, telle une chemise de nuit.

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 Allongée sur le futon, un drap est posé sur mon corps. Mme Hatochi se met à l’oeuvre.

Jamais je n’avais été massée de la sorte. De ses mains à la force de Goliath, Mme Hatochi apposait des pressions sur mon dos, dénouant, libérant les tensions,…

J’avais l’impression que de l’électricité s’enfuyait de mon corps, je devenais apaisée.

En s’attaquant à mes épaules, elle me dit qu’elles sont « stiff », raides comme du béton !

Ces 30 minutes sont passées en un rien de temps. Je me sens bien, ravie de ce massage.

Je règle Mme Hatochi et lui demande s’il est possible qu’elle revienne le lendemain, pour une séance d’une heure. Le rendez-vous est pris.

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Dans la foulée, je prends mon bain japonais et dîne tard à 19H30. M’est servi un Kaiseki, dans ma chambre. Les plats tout autant délicieux que splendides, d’une esthétique sans pareille, se succèdent, dans une vaisselle raffinée. Mes hôtes sont heureux de me voir aimer cette cuisine japonaise;

Après le dîner, je repense à Mme Hatochi que j’avais à peine vue. C’était une femme solide, trapue, qui tranchait avec la fragilité et la finesse des corps des japonais. Il me semble qu’elle portait une perruque.

Le lendemain, le massage a été tout aussi efficace et agréable. Mme Hatochi malaxait littéralement les muscles raidis de mes épaules.

J’ai regardé Mme Hatochi, avec plus d’attention, et lorsque je l’ai payée, j’ai alors réalisé, vu que des poils raides et drus transperçaient la peau fine de son menton. Son visage était loin d’être glabre. Sa voix aussi, sans être grave, était neutre. Ses énormes mains et ses bras courts n’avaient rien de féminin.

Mme Hatochi était un homme. C’était limpide, tout s’éclaircissait !

*****

C’était évident, je comprenais enfin l’embarras de mes hôtes : Voyageant seule, il leur avait fallu trouver une masseuse et non un masseur. Cela relevait de l’impossible, au pays du soleil levant, qu’un homme masse une femme comme moi. Cela aurait été déplacé, inconvenant.

Ce subterfuge, ce déguisement permettaient à mes hôtes de sauver la face et de m’apporter un service parfait !

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