Abbatiale, Abbaye, Monastère, …

Je ne peux plus quitter la France, m’envoler hors de France.

Je me sens prisonnière, sans mon passeport, périmé et que je dois faire renouveler.

Vais-je devoir renoncer à partir à l’étranger ? Quelles sont les voies de repli, pour inventer un voyage ?

Je ne dois pas me faire de souci.

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Depuis quelques temps, je croise sur mon chemin, des abbayes, des lieux de retraite, qui invitent à se poser, à faire une pause, prendre du recul.

D’une certaine manière, ces lieux amènent à se débarrasser de tout, à ranger dans un coffre secret, les vêtements, les pensées compliquées, et puis aussi, à se couper du monde, de ses habitudes, de la vie au quotidien, pour prendre le chemin de la simplicité, qui fait la part belle à l’essentiel.

Le caractère très minéral de ces édifices, leur hauteur, leur verticalité, rompent avec toute la verdure qui les entoure, et font d’eux, des havres de paix, un endroit pour se « purifier », littéralement se laver, pour faire le vide, le point.

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J’étais allée à un séminaire, pendant deux jours, en ce début du mois de mai, dans le cadre de mon activité professionnelle. Ce symposium s’était déroulé à l’Abbaye des Vaux de Cernay, pas très loin de Paris, dans le cadre verdoyant, idyllique de la vallée de Chevreuse.

J’étais pourtant peu enjouée d’y aller, redoutant d’y abandonner ma solitude, de devoir, en quelque sorte, affronter une vie en communauté, en groupe, où un planning imposé règle chaque instant, et abolit l’improbable.

Mais l’endroit m’a ravie.

Ma chambre était spacieuse, avec de hauts plafonds. J’avais pu m’isoler, prendre la tangente, marcher dans ce parc et même nager dans cette piscine extérieure, où remuer mes bras, mes jambes, faire quelques ronds dans l’eau, à défaut de longueurs, m’ont tout simplement dénoué le dos.

Cet endroit pouvait devenir, dans une solitude qui m’accompagnerait, un endroit magique, propice à l’écriture.

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Lors des funérailles de mon père, une semaine après ce séminaire, j’avais été sensible au lieu qu’il avait choisi pour que lui soit dite, sa dernière messe. Cette chapelle se trouvait au sein d’une abbatiale.

La haute nef dépouillée de cette abbaye, conférait au lieu, une beauté indéniable, magnifiait le silence. Là aussi, une forêt protégeait de l’extérieur, bordait cet endroit, pour en faire une clairière.

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Et puis en écrivant ce texte sur la peinture lumineuse de Pierre Soulages, j’ai retrouvé, la splendide abbatiale Sainte Foix de Conques, et ses vitraux qui magnifient la lumière. C’est sans doute cette accumulation, toutes ces trajectoires qui venaient croiser la mienne, qui m’ont convaincue.

Il me fallait une abbaye, une abbatiale, un monastère, mais cela pourrait-être ausi bien une mosquée, un temple, une église orthodoxe, du moment que ce lieu soit vide, désert.

Il me fallait cela, pour me reposer, écrire, pouvoir récupérer de cette intense fatigue qui s’accumule, qui déborde de moi.

Il va me falloir trouver le passage vers le vide, le silence pour me retirer du monde, comme je l’ai fait l’année dernière en Syrie et au Liban.

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Pour amplifier le champ des possibles, j’ai saisi des idées, tels des fils en or, en ce samedi, lors de mes visites d’expositions photographiques.

Je ne peux plus vivre sans l’écriture, qui est littéralement ma respiration.

Pour continuer à écrire, il va me falloir accepter de ne pas écrire, pendant un certain temps. Cela me déchire, me torture. Mais il ne faut pas vivre dans ce présent, se laisser attraper par cette folie de l’instantanéité. L’écriture doit désormais se penser, dans la durée.