Librairies parisiennes : Delamain

Il faut pourtant que je me repose, que je marque une pause. Ma fatigue est telle que les vertiges m’envahissent et m’obligent par instants à agripper les murs avec mes mains.

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J’aime cette librairie, tout près des jardins du Palais Royal. C’est sans doute, une de mes préférées, à Paris. C’est la raison pour laquelle, elle a l’honneur de cette rubrique.

Le fait qu’il y ait une « Main » dans son nom est certes un avantage à mes yeux, mais cela ne suffit pas.

Ce lieu dispose d’une partie réservée à la vente de livres anciens. Quand je rentre dans cette librairie, j’entreprends un voyage, tant l’odeur du cuir et du papier m’envahit, me transporte dans un ailleurs, un hors du temps. Les murs, du sol au plafond, sont remplis de livres. Il faut des échelles, pour les atteindre.

Les livres les plus accessibles, disposés sur les tables, ne sont pas ceux qui m’intéressent le plus. Je me rends toujours à la section des livres étrangers, sur la droite, ou me perds devant la vitrine qui est toujours disposée, avec soin, méticulosité et goût.

Les jeux de reflets, de miroirs de la vitrine, avec cette place Colette et son café mettaient en exergue la beauté de la pierre et magnifiaient la couleur qu’elle prend, en fin d’après-midi, lorsque le soleil vient la frapper.

Cette image improbable me semblait si belle, que je n’ai pu m’empêcher de rêver, de désirer.

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J’avais envie d’y revoir celui que j’avais croisé dans ce lieu familier.

Hier, j’avais dédié ma journée aux expositions photos. Cependant, j’étais résolue à passer à cette librairie.

Cette exposition de photographies m’a tellement captivée, a tellement étendu mon monde, que je n’ai pas senti le temps passer et j’ai saisi le sentier qui bifurquait.

A 16H15, j’étais encore dans le Marais, proche de la maison Européenne de la Photographie.

Et puis, au fond de moi, je me suis dit qu’il ne servait à rien de m’y rendre, de courir comme je l’avais fait, pour être à l’heure, alors que C. m’avait oubliée, n’avait même pas eu à m’oublier. Je n’existais plus pour lui, puisque rendue à la poussière d’une décharge de détritus.

Il fallait vraiment que j’atterrisse, mais surtout que je me pose, me repose, et dépose mon crayon à papier et mon moleskine.

Je reporterai cet échange de livre à une autre fois.

Ne fallait-il pas s’aérer, prendre le soleil, ralentir le rythme, ou plutôt, trouver le bon, pour écrire dans la durée, comme me le recommande ma soeur.

Je consacre trop d’énergie, trop de temps à l’écriture. J’écris de manière déraisonnée, et m’épuise, sans m’en rendre compte. Mais le résultat n’est pas là. Ces écrits perdent en rigueur. La fatigue me fait perdre ma vigilance et mon exigence.