Diva

Il est des films qui laissent en vous une trace indélébile, qui s’ancrent dans la mémoire et vous accompagnent tout le long de la vie.

Les raisons peuvent s’expliquer parfois facilement : l’histoire, le complot, l’intrigue, un personnage en particulier, …. Nous sommes aussi amenés à croiser des films, à plusieurs reprises, par hasard ou par accident.

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« Diva » est bien un film qui m’a beaucoup marquée.

Etait-ce par ce que je l’ai vu à une époque privilégiée de ma vie, où tout me semblait possible ?

Je n’ai qu’un vague souvenir de l’histoire, ou plutôt des deux histoires juxtaposées dans le film. Non, ce n’est pas cela qui m’a émue.

J’ai aimé ce film pour ses contradictions : indéniablement sophistiqué, il s’en dégage néanmoins une impression d’épure.

Son esthétique m’a fait rêver, m’a permis de fonder un autre pan de mon imaginaire, d’étendre ce territoire vers l’inaccessible. Il a fait germer le désir d’impossible en moi.

Après tout, la manière la plus facile de faire jaillir une idée, n’est-elle pas le rêve? En ce sens, je rejoins pleinement la pensée de Serge Daney :

« Le succès de Diva est venu de ce que Beineix, le premier, a voulu moraliser l’héritage publicitaire en proposant une nouvelle ligne de partage entre l’invendable (l’âme, la création) et le prévendu (les objets, les clichés). » Serge Daney, Libération, 21 novembre 1988.

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De ce film, je garde quelques images très précises et incisives au point d’avoir le sentiment qu’elles se sont imprimées, voire gravées dans ma pensée, comme dans de la pierre, comme les motifs dessinés sur certains blocs ou stèles des temples de Baalbek.

J’avais aimé ce loft immense, avec la baignoire plantée en plein milieu, avec Richard Bohringer qui s’y délassait…

L’image de cette jeune asiatique qui y faisait du patin à roulettes en dessinant des cercles, en dansant dans cet espace, m’avait ravie.

Cette baignoire, me fait penser à la large baignoire en cuivre où je me suis délassée, pile face à la mer, cet espace infini, sans barrière.

Je « m’étais rendue », j’avais déployé une inventivité et pris ce sentier qui bifurque pour rejoindre ce ryokan si improbable, si étonnant, situé dans la péninsule de Noto, face à la mer du Japon, uniquement pour me perdre dans l’océan, depuis cette baignoire unique au monde, inaccessible et donc désirée.

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Je gardais aussi en mémoire, ce phare solitaire, si froid, et en même temps, si lumineux, planté dans cet univers bleu. j’ai toujours cette idée, ce désir d’habiter un phare, de m’y retirer. Ne serait-ce pas un des plus beaux endroits pour se perdre dans l’écriture ?

Le bleu est indéniablement la couleur que j’associe au film : Le bleu de la mer, la lumière bleue des paysages parisiens.

J’ai suivi en rêve, la déambulation, au petit matin, à l’aube, – et d’ailleurs, ne l’ai-je pas reproduite, réécrite avec C. cet hiver ? -, lors de laquelle ce jeune postier et cette cantatrice qui représentent un couple improbable et donc magnifique se perdent et vivent des moments sublimes et éphémères.

Ces déambulations au milieu des jardins des Tuileries, place de la concorde, ainsi que sous l’arc de triomphe m’auront sans doute attirée vers ces quartiers.

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De ce film, je garde l’idée de lenteur, magnifiée par cet air d’opéra – La Wally, de Catalani. Cette musique donne de la majesté aux personnages, de la grandeur aux paysages. Elle participe certainement, à une partie de la combinaison qui fait accéder au rêve.

Que j’avais écouté cet air, en plein air, enfin presque, lors de mon voyage en voilier, au sud du sud, en antarctique. Plantée sous la bulle transparente au haut de l’escalier, cette houle, ces vagues amples et lentes qu’épousait le voilier, m’apaisait, libérait mon imaginaire. La Wally, chantée par Maria Callas, amplifiait la lenteur du temps. Je vivais dans un univers bleu et sa palette s’y déclinait de manière intense, voire maximale.

Jamais un air ne m’aura paru aussi beau et paradoxalement « silencieux », au milieu du clapot, tant il se confondait avec le bleu silencieux du paysage, d’un rêve.

Jamais je n’aurai été si proche de l’extase, si ce n’est, peut-être en Syrie, l’été dernier.

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