Jamais

J’ai aimé le « cogito amoureux » et ai médité sur ce texte de JP. Galibert, une philosophie ; http://jeanpaulgalibert.wordpress.com/

Chaque jour, ou presque, il nous délivre ses réflexions, vient susciter ma curiosité, me fait réagir, m’interroger, sur une variété étonnante de sujets, sérieux ou moins. Le texte sur le cogito amoureux est splendide, juste, pose les bonnes questions.

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J’ai apposé mon commentaire :

Bozorgmehr dit :

oui, très juste. impossible. 10 lettres et un caractère, ce point final. Le désir : cette fine ligne qui nous mène au pays où l’on n’arrive jamais

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JP Galibert a raison de détester le mot « jamais ». Mon état de désespoir est tel, que je ne peux associer au cogito amoureux que l’impossibilité.

J’ai perdu cet espoir d’y arriver. L’amour, est à mes yeux le pays où JE n’arriverai JAMAIS.

Tout le monde me secoue, m’encourage. Ma soeur me dit que « je suis épatante, unique, rare…. ».

Mais il n’en demeure pas moins que, je n’existe plus, je ne suscite aucun intérêt, et même je fais naître, un mouvement de recul, qui ne s’apparenterait pas à un désintérêt complet, mais davantage à un rejet.

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Qu’est-ce que j’ai donc, pour que les hommes m’ignorent ou alors, m’évitent et partent en courant ?

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Bien sûr, le champ des possibles devrait laisser sa place entière à ce « on ne sait jamais ».

Mais mon cas est désespéré. Je vis trop sur l’arête, le bord ; j’ai trop vécu dans le désamour.

Je me situe sur la trajectoire de l’impossible, du cauchemar, de l’anéantissement, qui est vouée à ne jamais en croiser une autre, tant cette trajectoire erre aux confins de l’univers, dans l’obscurité, un monde désolé.

Si l’utopie demeure, elle est minimale, si ténue que je ne sais, si elle n’est pas en train de s’évanouir, disparaître à tout jamais.

Compte tenu de mes expériences passées, atteindre cet état amoureux, cette plénitude, ce sublime relèvent de l’inaccessible, de l’impossible. Je n’existe pas, plus, dans la clarté des yeux des hommes.

Je disparais littéralement devant eux, je m’enfonce dans l’inconsistant, l’inexistant, le néant. Aucun ne me remarque, ne vient prendre ma main.

A quoi bon espérer, attendre ? Je n’espère rien, n’attends rien.

Je n’ai plus envie de faire le moindre pas vers eux. Je ne les regarde plus, tant je ne veux plus vivre dans la douleur, le leurre, l’humiliation.

Ces amours passées m’ont fait croire qu’ils ressentaient quelque chose envers ma personne. Ce quelque chose était RIEN.

J’ai atteint le stade maximal de la douleur.

Charles Le Brun, La douleur aiguë, 17ème siècle, dessin, pierre noire sur papier blanc

Cette douleur ne peut plus s’accroître, sans que je ne me fasse du mal et que je stoppe ma vie, comme une couturière stopperait un fil.

Je n’ai jamais vécu, un seul moment de plénitude, de joie partagée, durant ces 47 années. Je suis inapte à la vie, au bonheur et suis condamnée au malheur, telle une alakaluf, une pestiférée, la vermine.

J’erre, en compagnie de la solitude, au travers de ces pages blanches que je remplis, en attendant la mort. Je l’aperçois au loin, venir à ma rencontre. C’est elle, et non un homme, qui viendra prendre ma main.

Les phrases, reprises de textes ou commentaires de J.P Galibert, sont citées, avec son aimable autorisation 

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