Peter Falk : De Cassavetes à Wenders

J’ai appris ce week end, la disparition de Peter Falk. Non, Peter falk ne représente pas pour moi l’inspecteur Columbo, avec son imperméable, sa peugeot et sa femme à qui il pense. Voilà, c’est dit une bonne fois pour toutes.

Pour moi, lorsque j’entends le nom de Peter Falk, je pense à deux films,  …

– tout d’abord, à une femme sous influence de John Cassavetes

– puis aux Ailes du désir de Wim Wenders.

Je pense donc à deux films splendides, deux films typiquement « d’auteur ». Ceux-ci sont radicalement opposés aux clichés des séries télévisées.

L’acteur déploie dans les deux films un jeu « hors-normes ». Même si son rôle est secondaire dans les ailes du désir, l’acteur est dans un registre « poétique ».

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Une « femme sous influence », écrit pour la femme de J.Cassavetes, « Geena Rowlands » est par excellence, un film indépendant : un film familial, un film d’amis (que ce soit les comédiens ou les techniciens habituels mais aussi la famille au sens propre : mères de Cassavetes et Geena Rowlands, frère de Geena…). Les acteurs, dont Peter Falk lui-même, ont contribué au financement du film.

Peter Falk y joue le mari de Mabel. Lui est ouvrier sur des chantiers. Mabel, est une femme fragile, au bord de la dérive, et va y plonger, lorsque son mari l’appelle pour lui annoncer qu’il ne pourra rentrer passer cette soirée avec elle. Geena Rowlands y joue le rôle d’une épouse, mal dans sa peau, ne s’assumant pas. Elle vit sous l’influence de tous. Son jeu développe l’hystérie : tics, gestes brusques, folie, ….  Elle est internée quelques mois, pour revenir enfin à la maison.

Peter Falk a un rôle plus profond, plus subtil que celui de Geena Rowlands, à mes yeux. Il a un rôle effacé, mais complexe d’un mari qui aime cette femme, sans la comprendre. Le spectateur ne peut que sentir le gouffre qui est en lui. Mais à ses yeux, Mabel n’est pas folle. Cassavetes décrit en effet, la folie de l’Amérique ordinaire !

Le jeu des acteurs est très spontané. De splendides gros plans sont faits sur les visages. Le spectateur doit faire confiance à Cassavetes, baisser la garde, pour se laisser emporter par la caméra, dans ce film somptueux, un peu chaotique, à l’image des personnages. J’insiste donc sur le fait, qu’il est sûr que ce film peut paraître déroutant, mais qu’il est d’une grande finesse et beauté : un des plus beaux de J.Cassavetes, avec un Peter Falk méconnaissable, étonnant de justesse, dans ce rôle qu’il mérite et  honore pleinement.

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Dans les « ailes du désir », Peter Falk a un rôle secondaire.

Peter Falk, joue le rôle d’un acteur venant tourner à berlin, un film sur l’époque nazie.

Il va changer le destin de Damiel, (un des deux anges, avec Cassiel) :  P.Falk, qui a été également un ange, une trentaine d’année plus tôt, parle de la beauté du monde terrestre et humain à Damiel, dont il perçoit la présence (les anges sont en effet invisibles).

Damiel, va choisir de quitter le monde des Anges, passer de l’autre côté, devenir mortel, pour rejoindre Marion, une trapéziste dont il est tombé amoureux.

Le film est fabuleux, splendide, poétique dans sa globalité.

Wenders nous fait danser entre deux univers :  celui des Anges et celui des êtres humains, en jouant avec les couleurs. Le noir et blanc, l’absence de couleur est dédié au monde des Anges. La couleur est réservée au monde terrestre.

Ce film nous montre également, Berlin, avant la chute du mur. C’est à mes yeux, un des plus beaux films de Wim Wenders.

L’image de Peter Falk est empreinte d’une poésie et d’une douceur incommensurable, jamais inégalée dans un autre film.


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