Beauté de la langue française

Hier après-midi, j’ai marché à rebours dans le temps, pour redécouvrir toute la beauté, la splendeur, la radicalité, l’esthétique, la pureté de la langue française.

J’ai en effet passé un délicieux après-midi, avec ma nièce, aux cheveux blonds comme les blés, pour lui faire réviser des textes du XVIIème et XVIIIème siècle, en vue de préparer son baccalauréat de français.


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Je suis fière de son travail, de son application, de sa volonté. Elle m’a étonnée par son équilibre. Elle resplendit de joie de vivre. Tout cela fait qu’elle a des atouts précieux pour réussir. Il faut qu’elle demeure ainsi.

Il lui reste à apprendre à respirer pour que son émotivité se régule, et à parler plus lentement, en faisant varier la tonalité, en jouant avec le silence et l’intonation des mots.

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Nous nous sommes focalisées sur des textes du XVII et XVIII ème siècle. Je pense qu’il ne s’agit pas d’un hasard.

J’ai été tout de suite attirée par Bossuet. Nous avons travaillé l’ode funéraire à Henriette-Anne d’Orléans, « Madame se meurt, Madame est morte ».

Sur les conseils de Philippe Demanet, que je ne connaissais absolument pas, et auprès duquel je m’étais retrouvée assise lors d’un dîner, j’avais lu « Langue morte, Bossuet » de Jean-Michel Delacomptée, dans la collection « L’un, L’autre », aux Editions Gallimard.

J’avais été captivée par cet ouvrage, cette biographie libre, originale, enrichissante, où j’ai senti, comme d’ailleurs dans chaque livre de cette collection, les rapports intenses, intimes, entre le biographe et l’écrivain, malgré les siècles qui les séparaient.

J’espère lui avoir transmis la joie, le plaisir que j’ai eus à redécouvrir Bossuet, dont l’oeuvre peut sembler aride, en particulier à notre époque, où la recherche de la facilité prédomine et où la langue française est en train de mourir à grands pas.

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Après Bossuet, nous sommes allées revisiter « les Pensées » de Blaise Pascal. Ce livre est sur ma table de chevet. Et chaque soir, j’en ouvre une page au hasard pour lire la pensée janséniste. Je mesure aussi à quel point, alors que je suis agnostique, mais élevée dans la religion chrétienne, mon esprit est empreint de chrétienté, malgré moi.

« l’homme est un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant ».

Le texte austère sur le « divertissement » que me présente ma nièce, n’est pas mon préféré. Il reflète bien, cependant, l’esprit de Pascal.

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Après Bossuet et Pascal, nous sommes parties à la découverte du nouveau monde, des terres découvertes, au travers du procès que fait littéralement Diderot, ce visionnaire, sur la vilénie, l’âpreté au gain facile, des peuples européens envers les peuples découverts lors des grandes expéditions. Le texte de Diderot se focalise en particulier, sur Bougainville et son « Tour du monde » sur la Boudeuse.

Puis, bien entendu, nous avons étudié un extrait des « Lettres Persanes » de Montesquieu. Là aussi, les européens sont ridiculisés pour se croire être le centre du monde. Les européens répandent déjà cette uniformisation, cette absence de différence, partout sur notre planète.

Pour finir l’après-midi de ce samedi pluvieux, venteux, et par moments divinement ensoleillé, nous nous sommes attaquées aux caractères de La Bruyère et en particulier au portait de Gnathon qui fait ressortir tout son égoïsme et sa gloutonnerie. Cet homme a peur de manquer.

Nous avons terminé, par une visite imaginaire au musée Carnavalet, où habitait madame de Sévigné. Sa correspondance, raconte des anecdotes, sur la vie à la cour de louis XIV. Dans le texte qu’étudiait ma nièce, elle contait une « petite historiette » pour divertir le futur lecteur de la lettre. Par ses textes, le recul qu’elle a sur la cour, elle utilise ces lettres pour faire passer des messages au Roi. En effet, Madame de Sévigné sait pertinemment que ses textes, ses lettres ne restent pas privés, et sont lus lors de lectures dans les salons de la Cour. Elle se sert de ces lettres à dessein, comme stratagème, pour faire passer ses idées : une jolie manière de communiquer, et d’influencer !

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Je réalise à quel point il est important de connaître ces textes classiques. Il est fondamental que nos lycéens, nos collégiens les étudient car cette littérature, cette langue représentent  la beauté, la richesse et la singularité de la culture française.

Il me paraît crucial que, nous, lecteurs et aussi personnes qui écrivons, faisions en sorte de les redécouvrir, de ne pas les laisser tomber dans l’oubli.

J’ai été aussi frappée de la justesse et du côté visionnaire apportés par ces grands écrivains classiques.

Découvrir ou relire ces textes anciens et classiques, avec notre yeux d’occidentaux vivant au XXIème siècle remet les choses en perspective, nous fait porter un regard « décalé » sur ces textes qui met encore davantage en exergue leur justesse et leur beauté.

J’aurai tenté d’apporter à ma nièce, durant ces quatre heures de langue française (plus que de français), mon amour pour cette langue, et des éléments qui lui permettront de se différencier des autres élèves. Rien n’est plus important que la différence, qui bâtit la richesse de notre personnalité et développe la curiosité.

Ce moment privilégié m’a sincèrement donné envie de partir à la découverte ou redécouverte des grands textes classiques que j’ai trop délaissés au profit de la littérature étrangère ou de la « vraie » littérature contemporaine. Je me rends compte qu’il faut que je renforce la diversité de mes lectures.