Libération

Il ne fait aucun doute que je vais mieux, même si mon état de fatigue me montre que faire un pas, signifie, soulever des sommets.

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J’ai ce sentiment intense, d’être libérée du poids du passé. Bien sûr, ce passé existe et je ne peux le nier, mais je lui donne l’importance ou la futilité qu’il mérite. Cela veut dire que je relativise.

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Hier, j’ai reçu à nouveau, la newsletter d’E.. Cela m’indiffère complètement. Je n’ai plus ce sentiment de douleur et colère. L’indifférence relève du merveilleux.

Cet homme s’est mal comporté avec moi, ne m’a pas aimée, m’a mal aimée. J’ai souffert, mais cette histoire est derrière moi. Je ne suis pas un monstre, en tant que femme, comme Francis Bacon peut les peindre.

Les trois armes pour me faire comprendre que tout était fini, ont été onze lettres, la mise en exergue de mon âge et la destruction de mes écrits.

La douleur que ses armes ont suscitée, s’estompe au point tel, qu’elle n’existe plus.

Je ne vais plus perdre mon temps à penser à cet être. Il m’indiffère. Ma route s’est détachée de la sienne.

Tout cela est du passé. Qu’il mène sa vie comme il la souhaite. Ma personne, et mes écrits ne sont pas la cause de son départ. Je ne suis donc pas répugnante dans l’absolu, et les écrits que j’ai perdus, n’étaient pas nullité.

Ils sont détruits, comme cela arrive, à d’autres. Cela fait partie de la vie.

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Paradoxalement, je pense que la mort de mon père, m’a aidée dans ce processus de libération. Je suis persuadée que j’ai bien fait de faire le second deuil de mon père, d’aller lui dire au revoir. Cela permet clairement et nettement de graver (je remarque que « grave » signifie la tombe en anglais) cet au-revoir sur sa tombe. La tombe me renvoie au verbe « tomber », comme on tombe dans l’oubli. Le verbe « tomber » me ramène aux blocs de Baalbek qui se sont effondrés. Même si c’est E. qui m’a menée à Baalbek, et à ses ruines, ce que j’y ai vécu a été une étape fondamentale pour ma vie et est totalement décorrélé de sa personne.

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Je suis sûre que je pourrais plaire à d’autres, sans aucun doute. Je ne suis pas une déesse pour autant, mais je suis une femme parmi d’autres, ni plus, ni moins.

Cette libération me rappelle mon « humanité ». Je suis un être humain, avec ses qualités et ses défauts, avec ses failles, sa fragilité et aussi sa solidité.

Les histoires amoureuses que j’ai vécues sont des moments qui ont fabriqué ma vie. Elles se sont déroulées comme on déroule un film, un tapis, une vie. Toute chose a une fin, et je n’ai pas à m’infliger cette « double peine », comme me l’a très justement fait remarquer, le mot de « Chambre blanche ».

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Mon voyage en Italie avec ma soeur m’a beaucoup apporté. Plus encore, ma soeur en personne, a su me soutenir. Les textes que j’ai écrits m’ont libérée. Les commentaires des lecteurs qui sont venus me lire m’ont éclairée, m’ont guidée vers la lumière. Je les en remercie infiniment.

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Cette étape de libération m’apporte un nouveau départ, une page blanche qu’il me faudra remplir.

Cela ne veut pas dire pour autant que tout va bien. Non, car j’ai été mal aimée, toute ma vie durant. Et je ne m’aime pas. La volonté de plaire n’existe donc pas chez moi, ne fait pas partie de ma personne, de mon vocabulaire.

Je suis trop exigeante, vis à vis de moi-même et des autres.

J’ai toujours été dans l’incapacité de voir le regard des hommes vers ma personne. Je suis aveugle. Je ne me sens pas exister en tant que femme dans les yeux des hommes.

Et ceci a toujours été ainsi. Il ne s’agit pas de mon âge ou de mon aspect physique. A nouveau, je suis une femme, dans la normalité, dans la norme, c’est-à-dire, ni belle, ni abjecte.

je suis une femme sans qualités, comme « l’homme sans qualités », le livre de Musil.

Donc, à moins qu’un homme, ne fasse tout le chemin vers moi, et me prenne la main, je ne vais pas le remarquer. Cela explique mes longs pans de vie, dans la solitude la plus absolue.

Pourquoi suis-je ainsi, aussi passive ?

Vais-je terminer ma vie dans cette solitude absolue ? Vais-je croiser un homme qui aura envie de prendre ma main ?

Je suis réaliste et vis sans illusion, sans attente, sans espoir.