Destruction de mes écrits – Douleur et crucifixion

Personne ne comprend pourquoi, je suis pétrie de douleur et ne me remets toujours pas de la suppression de mes écrits par E..

Il a tout supprimé, effacé, tout mis à la poubelle. Cela équivaut pour moi, à avoir été tuée à l’arme blanche.

En supprimant physiquement, mes écrits, sans que je puisse les sauver, il a éventré mon corps avec une lame acérée. J’ai ressenti les coups de couteau qu’il a soigneusement plantés dans mon abdomen. Je me suis vidée de mon sang, je râle, comme ces mourants que décrit Curzio Malaparte dans La Peau ou dans Kaputt.

Voilà la douleur que je ressens.

*****

M.A. refuse de comprendre cela. M.A. se trompe en disant qu’E. est un Dieu à mes yeux. Les autres également ne comprennent pas que cette disparition me soit intolérable. Pour tous, ma réaction est disproportionnée, et mes écrits ne m’appartenaient pas. Ils étaient partagés.

A cela j’hurle que NON !

Non, E. n’est rien, n’est sûrement pas un Dieu à mes yeux, puisqu’il a détruit mes mots.

Est-ce-que ma peine aurait été aussi grande si cela avait été commis par quelqu’un d’autre ? Je pense que oui sincèrement. Néanmoins, dans la mesure où c’est la seule personne avec qui j’ai partagé ce type d’échanges, je ne peux pas être objective. Je n’ai donc pas, la capacité  à dire comment j’aurais réagi si cela avait été quelqu’un d’autre.

Ces échanges, dans le silence exquis de nos mots, étaient une partition à quatre mains. Ils relevaient de l’Ecriture.

M.A. m’a, une nouvelle fois, fait du mal, en disant que je donnais trop d’importance à la suppression de mes mots par cet homme. J’ai eu envie de hurler mon désarroi.

J’ai oublié sa personne. Je n’attendais rien de lui, ni des autres, puisqu’il est impossible de m’aimer, puisque je ne provoque que dégoût.

*****

La suppression de mes écrits est décorrélée de ces histoires amoureuses, qui sont des « non histoires », et qui n’ont rien d’amoureux. Elles relèvent de l’insignifiance, de l’inconsistance, du superflu, de l’éphémère, du saugrenu, tant elles sont sans fondement, sans objet, sans sujet.

Cette douleur liée à mes écrits est abyssale. Je ne peux l’expliquer. Je n’ai pas accepté d’être censurée et depuis, je suis à l’agonie.

Pourquoi ne pas comprendre cela ?  L’écriture est ce qui me permet de respirer, donc de vivre. Tuer mes mots revient à tuer ma personne, au plus profond de mon être.

En supprimant mes mots, en me tuant, je ne suis plus que cris à venir, comme ceux des tableaux de Francis Bacon. Je ne suis que morceaux de viande, lambeaux de chair à vif.

Etude pour crucifixion, Francis Bacon

Voilà ce qu’il reste de moi. Comment recouvrer une santé morale normale, après un tel déchirement, une mise à mort si prégnante.

Est-ce que les gens vont enfin comprendre ma douleur d’avoir été bannie, censurée, d’avoir perdu mes mots, mes écrits jetés à la poubelle ?

Est-il possible qu’une telle douleur soit compréhensible, soit représentable par autrui ?

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5 réflexions au sujet de « Destruction de mes écrits – Douleur et crucifixion »

  1. Ce qui est perdu est perdu.
    C’est comme reprendre jour après jour son texte.
    à la fin il ne reste rien.

    L’imaginaire reste entier.
    Entier le désir d’écrire.
    Écrire le désir.

    Pardonner.
    Crucifixion.
    c’est aussi ça.

    • Merci pour vos mots que j’ai adorés.
      Mme de Staël écrivait : « Comprendre, c’est pardonner ». Je pense que je ne suis pas encore en état d’accepter, de pardonner.
      Bien à vous

  2. J’ai connu cette douleur.
    Pardonner est accessoire et le plus souvent purement narcissique.
    Mais écrire c’est désirer. OUI.
    Et continuer inlassablement, sans espoir de « partage », accepter ce désir un peu monstrueux, plus fort que soi, ne pas s’infliger la double peine de le croire atteint par l’inconsistance de nos « histoires »… J’ai confiance : vous y parviendrez .

    • @chambre blanche :
      Merci infiniment pour vos mots.
      Je retiens tout particulièrement l’idée de cette double peine que je m’inflige.
      Et pour une note plus optimiste, les mots « désir » et « écrire », qui vont magnifiquement bien ensemble.
      Bien à vous

  3. @Emomis
    Merci : je note bien le sens de dresser un mur, que j’ai compris dans tes mots.
    mais faut-il vraiment dresser un mur, je n’en suis pas sûre.
    Je serai plutôt favorable à abattre les murs, à élargir l’horizon, à vivre en expansion !

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