Italie – Côte amalfitaine

En cette semaine raccourcie, rétrécie du mois de mai, j’avais proposé à ma soeur de m’accompagner en Italie, dans ce coin magique, qu’elle ne connaît pas.

Je pense que je serais volontiers partie plus loin, de l’autre côté de la terre, aux antipodes. Mais là, avec toutes ces épreuves, je n’avais plus aucune énergie, et broyais du noir. Il me fallait du répit.

C’était la quatrième ou cinquième fois que je me rendais dans cet hôtel, au charme désuet, à la clientèle anglo-saxonne, familiale. En 18 ans, rien n’avait changé. Bâti dans les années cinquante, à flanc de falaise, il offrait une vue unique sur le bleu de la mer. La brise du bord de mer faisait qu’il n’y faisait jamais chaud.

Cet hôtel était à mes yeux la garantie d’un calme absolue, de la tranquillité.

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Notre chauffeur nous attendait à l’aéroport. Il a pris en charge ma valise, laissant ma soeur traîner la sienne. Une grosse berline nous attendait. Notre chauffeur avait une conduite typiquement napolitaine. Nous avons bifurqué à Sorrente pour prendre la route de la montagne et rejoindre l’autre côté de la côte, vers Conca dei Marini. Notre chauffeur avait tenté d’entamer la conversation, mais a vite compris que ce serait vain.

Il s’est rabattu sur la radio « kisskiss », qui déroulait des airs aussi saugrenus que le nom de cette radio. J’ai repensé à mon chauffeur Abdou, qui m’avait conduite à Sergilla.

La vitesse était limitée à 50 km par heure, le chauffeur roulait à près de 120. Les routes en épingles à cheveux interdisaient le dépassement. Notre chauffeur n’avait aucune hésitation à doubler dans les virages. Je me suis endormie.

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Nous avions privilégié le repos, pour ces quelques jours. Et donc sommes allées passer la fin de l’après midi à la piscine, cette merveilleuse piscine, à faire tout oublier. Nous avons pris un délicieux jus de citron, qui avait ce goût unique de cette côte, la saveur des vacances.

Ma soeur, splendide, radieuse dégageait une telle aura, que tous la remarquaient immédiatement et allaient vers elle.

Quant à moi, si ce n’est recevoir des compliments sur ma soeur, j’aurai eu durant tout ce séjour, le sentiment de disparaître physiquement, de fondre littéralement, de ne pas exister. Cela a toujours été ainsi.

Le soir, nous avons dîné dans la grande salle à manger qui donnait littéralement l’impression d’être dans un paquebot, de faire une croisière. Cela était du aux larges baies vitrées, mais aussi, à la majorité de la clientèle, qui était habillée comme pour aller à un bal (robes longues, robes colorées…). Ce dîner était un spectacle à part entière. Nous avions été placées à la table de notre chambre (one o one). La bouteille d’eau portait le numéro de notre chambre au cas où il en resterait pour un autre soir.

Le maître d’hôtel n’avait pas changé depuis ma première visite. Il récitait, inlassablement, à chaque table, le menu du soir, en décrivant dans la langue des convives, chacune des quatre entrées et chacun des quatre plats. Sa voix avait toujours la même tonalité, le même phrasé, le même rythme, même si elle avait perdu en énergie. Cela m’effrayait littéralement, de voir que des personnes pouvaient vivre dans un monde si minuscule, si limité, variant si peu et nullement en expansion.

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Le lendemain, il a plu des trombes d’eau, donnant aux paysages si bleus d’habitude, des couleurs étonnantes.

Entre deux averses, nous sommes allées voir les musées des horreurs à Amalfi, … Viagra naturel, céramiques jaunes et bleues, liqueur de citron, peintures locales … C’était tellement horrible, qu’il était indiqué que l’entrée était gratuite. Il aurait fallu nous payer pour y rentrer.

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Comment ne pas aller à Ravello et voir sa terrasse de l’infini ? Nous sommes parties à l’aube, pour arriver dans ce village, alors vide.

Nous avons emprunté les venelles aux odeurs de jasmin, chèvre-feuille, bougainvilliers, citronniers… Par endroits, elles étaient couvertes de treilles, permettant de se protéger du disque solaire.

Nous avons ainsi vite regagné la villa Cimbrone, alors fermée au public, pour y prendre un petit déjeuner. Nous aurons eu la terrasse de l’infini et les jardins pour nous seules.

Les ombres des statues se découpaient parfaitement sur le sol. Le bleu du ciel se confondait avec le bleu de la méditerranée.

Ma soeur a trouvé l’endroit divin, et cela a contribué à un de ses meilleurs souvenirs.

Elle voyait bien ma tristesse, mon désarroi, et me donnait tout son amour et sa gentillesse. Je ne voyais pas comment inverser la tendance.

Je regrettais de ne pas être allée voir la Villa Malaparte, à Capri. Mais notre séjour était si court et notre fatigue si intense, que ce fut très bien ainsi. Il faut savoir se ménager parfois, gérer son énergie.

Alors que je dormais l’après midi, elle est allée acheter tomates et citrons gorgés de soleil, fromages du pays. A son retour, pour l’heure du thé, nous sommes allées à la piscine, savourer un tiramisu avec un expresso. Il n’était pas aussi bon que celui de la Maison du Chocolat, mais, il avait la saveur des vacances, le goût d’une certaine liberté.

Déjà, il nous faudrait rejoindre Paris le lendemain, à l’aube.

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