Centre Pompidou – Marathon de lecture

Hier, le Centre Pompidou organisait une journée Marathon de lecture de textes divers : célèbres ou anonymes.

Cf lien 

Je me suis inscrite, pour aller y lire vers 16H30, 17H.

J’avais fait imprimer l’avant dernière chambre . Je trouvais ce texte beau. Et cela me faisait plaisir de le lire à haute voix.

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Je me suis présentée à l’heure dite. Le bleu du ciel avait attiré des passants. Mais ceux-ci regardaient des jongleurs et autres saltimbanques. Le public était concentré sur ces artistes de rue, de cirque à l’affut de quelques euros. Ce public était indifférent et n’écoutait pas, voire, semblait ignorer les textes lus avec passion, amour, et talent.

Il fallait lire à très haute voix, pour se faire entendre. Le brouhaha de la foule semblait étouffer toute phrase, comme si la lecture de ces textes était sciemment censurée par ce public happé par l’inconsistant : une synthèse de l’opium du peuple.

Deux tribunes, pour parler à la Place, telle une agora, avaient été installées, ainsi que des causeuses, pour lire de manière plus intimiste. A l’intérieur du musée, dans le hall, un dispositif semblable avait été mis en place.

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J’étais seule à être seule.

Je me suis installée à l’intérieur, sur une causeuse à 17h, une fois la lecture de Judith Magre terminée. J’ai attendu que les gens se dispersent.

Il n’y avait personne en face de moi. J’ai lu ce texte à haute voix, pour couvrir le bruit, dans le vide.

J’étais dans un état étrange de vide, concentrée sur mon texte, et souhaitant le lire avec amour et dignité.

Deux passants fatigués, las, sont venus s’asseoir, en face de moi, dans l’indifférence la plus totale. J’avais l’air de les déranger, et ils se sont vite levés, pour aller se reposer plus loin, je suppose. J’en ai fait abstraction.

J’ai lu ensuite, une page des Exercices d’admiration d’E.Cioran : « Elle n’était pas d’ici », dédié à Susana Soca, dans l’indifférence la plus totale, également. Ce texte est si beau pourtant !

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J’ai trouvé ce moment de lecture intéressant. Il synthétisait bien ce que j’étais: « Rien », ainsi que ma déchéance, mon absence, mon inconsistance.

Il m’apprenait l’humilité dont doivent faire preuve les êtres exclus, qui n’existent pas, qui sont au rebut. Je m’habitue peu à peu, à ma condition « d’être du néant », de « femme obsolète ».

Je souhaite continuer mon chemin de vie, à ma manière, et refuse la superficialité, l’instantanéité. Je sais que je ne peux plus susciter une quelconque curiosité, que je n’ai jamais suscité d’intérêt, puisque je ne dispose de rien, et que j’ai choisi de vivre dans l’ombre, de manière discrète.

Je suis dans un état en survie. J’attends que la mort vienne me prendre par la main, puisque mon état d’épave a été décrété par les hommes. Ils m’ont condamnée à mort, à ne plus être.

Excepté écrire, rien ne m’apporte du plaisir. Je vis repliée, pour éviter les blessures. Mon âme, mon corps sont à fleur de peau.

Même, le souffle doux de l’air, l’odeur des tilleuls en fleurs, les paroles neutres, me font mal, entaillent mon corps et mon âme, qui sont à l’agonie.

Je ressens le geste froid et sec de l’arme blanche qui est, à chaque occasion, planté dans ma chair.

A chaque fois, la douleur est plus forte.

Je voudrais perdre tous mes sens, pour ne plus avoir à souffrir.

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6 réflexions au sujet de « Centre Pompidou – Marathon de lecture »

  1. Vous attendiez vous vraiment a autre chose? Est il si facile de paraitre et de parler même en disant les plus beaux textes?

    • Je pensais sincèrement, que des personnes aimant la lecture, les mots, les textes participeraient à cet événement. Et que ceux qui liraient, auraient la décence d’écouter. C’est la base d’un échange propre à ce type d’événement, me semble-t-il ? Mais cela n’a pas été le cas.
      Il n’est pas question de paraître, de « jouer », de facilité ou de difficulté. Cela me semble superflu. Lire à haute voix est un exercice auquel je me prête volontiers. Mais là, la vacuité, la superficialité, la présence de l’indifférence, l’absence d’écoute étaient telles que cela n’a engendré que de la douleur.
      Très mauvais point pour la Bibliothèque du Musée qui organisait l’événement.
      Bien à vous.

  2. oui, je suis bien d’accord avec vous. Ce que je voulais seulement dire c’est qu’il ne fallait pas en tirer des conséquences concernant soi-même, sa soi-disant « nullité » etc. Evidemment, si j’avais été là, je vous aurais écoutée :-)

  3. Je ne tire pas de conséquences de cet événement sur moi-même. J’exprime le vide que j’ai pu ressentir. La déchéance (et non ma nullité), dont je parle est celle qui a été décrétée par les hommes, qui ne me considèrent plus comme une femme, en raison de mon âge. Cette déchéance n’a rien à voir avec ce marathon de lecture, mais il est vrai que ce vide a amplifié l’exclusion et cette condamnation à ne plus être « personne ».

    Ceci étant dit, je suis persuadée que vous auriez été un bon lecteur, et bon public également. Bien à vous.

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