Mon père est mort

Papa est mort…. ce sont les 3 mots que j’ai lus à mon réveil.

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Cela fait une impression étrange, d’apprendre la mort d’une personne, déjà morte à vos yeux, que vous n’avez pas vue, dont vous n’avez pas entendu parler, depuis plus de 17 ans.

Après quelques minutes de silence, j’ai eu envie de crier et j’ai crié, en sanglotant :

« Rien ! Tu ne m’as même pas dit au revoir lorsque tu es parti, il y a 17 ans. Tu n’as pas eu le courage de me dire au revoir.

Et pendant ces 17 années, tu n’auras pas fait un seul geste, pas eu envie de me revoir, de me parler, … Tu n’auras pas eu le courage de me tendre la main, alors que tu l’as fait envers les autres. »

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Je me dis que je ne veux pas être ainsi, comme toi ;

Je ne veux pas faire ressentir la haine et la rancoeur, que tu dégageais.

Dix années de haine par avocats et notaires interposés, au cours d’un divorce parental, où dès le début, la couleur était annoncée : je vous assommerai tous.

Et sept années de silence absolu.

Est-ce cela être un père ?

Ou n’auras-tu été finalement qu’un géniteur ?

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Toute l’affection et l’amour paternel que tu ne m’auras pas donnés, qui ont été une grande absente, je suis allée les chercher ailleurs. Je suis allée les trouver vers ceux qui donnaient, que j’aurais voulu avoir comme père, qui inspiraient l’affection et l’insufflaient : Je pense tout particulièrement à Jean qui est parti et à Carlos, encore là, mais loin de moi.

Et puis, je ne veux pas oublier, le vieux monsieur qui s’occupe de mes chaussures à Kyoto et enfin, Ahmed et Manhal, mes deux hôtes du Palmyra hotel, à Baalbek, qui se sont occupés de moi, comme deux pères l’auraient fait !

Je pensais à ton absence, en les voyant.

Tous m’ont donné l’affection d’un père.

Mais toi, tu ne savais pas « donner ».

Tout était « dette », tout portait « intérêt ».

Je suis en colère car tu as répandu le  mal autour de toi. Tu as fait du mal à tant de personnes.

Tu m’as fait du mal.

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Cette nuit, tu as franchi le mur, dans la solitude.

Je ferai le deuil une seconde fois, en allant voir ta dépouille.

Je veux avoir ce courage que tu n’as pas eu, celui d’aller te dire au revoir.