Crouching nude – Francis Bacon

En prenant au hasard, un magazine, à la lounge d’Air France, je suis tombée sur un article annonçant la mise en vente d’un tableau de Francis Bacon, que je trouve splendide et qui m’intrigue.

J’aurai regardé, durant tout le vol, depuis Tokyo, cette toile de Bacon, sans pouvoir m’endormir. Elle m’aura, littéralement, absorbée, comme un trou noir aurait dévoré, happé ma matière, ma pensée.

L’avion s’est finalement, doucement posé à CDG, samedi matin.

Je retrouve Paris, sans désir, sans joie, et surtout, dans la tristesse et la solitude absolue. Seules, les pages de mon moleskine, semblent m’accueillir, via mon encre, tel mon sang.

Ces derniers jours, il m’était impossible de trouver le sommeil. Je sens mes yeux exorbités. Je me frotte les yeux, les massant tant ils me font mal.

Ces jours de travail et mes insomnies auront englouti toute l’énergie qu’il me restait.

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Je n’aime pas rentrer à la maison. Je redoute toujours les mauvaises nouvelles, retrouver les habitudes.

Ce parcours en taxi, depuis l’aéroport, est comme le dernier trait, le trait d’union qui achève cette boucle, cet aller-retour. Me voici à la case départ ! Oui, je veux bien de cette case, si elle « redistribue le sens », l’inverse, ou le retourne. Peu importe, si cela me mène, vers un nouveau « départ ».

Le retour est un mot que je déteste. Rien que pour cela, je rêve d’un aller, sans retour, d’un tour du monde ou d’un rendez-vous. Je voudrais me perdre sans pouvoir revenir.

Finalement, ce que je viens d’écrire, de décrire, ressemble au trait franc et net, à cet aller simple qu’est la vie.

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Je mesure à quel point de décomposition mentale et physique, je suis parvenue. Non, mes yeux ne déforment pas mon corps, mon visage. J’ai réussi à dépasser cela.

J’aurais tant voulu, ce week-end, qu’avec sa main, il caresse mes cheveux, il fasse rayonner mon visage, il me ramène à la vie, comme lui seul, savait le faire. Mais, sa main m’a renvoyée, à une vie sans lendemain.

Paradoxalement, je pense que c’est, sans doute, dans les moments de profonde détresse, dans ces moments les plus noirs, les plus sombres, que la lueur, la lumière se voit le mieux !

La peinture de Francis Bacon m’ouvre des portes, élargit mon imaginaire. J’ai abattu les murs verts de cette prison, en moins d’une seconde !

Francis Bacon : « Crouching Nude » , 1961

Ce vol ne m’aura pas suffi. « Crouching nude » aura été mon point fixe, l’obsession de mon week end.

Cette immense toile, un des plus grands tableaux de F.Bacon est tout particulièrement  célèbre, puisque spécifique de la méthode utilisée par Bacon pour peindre à partir de photos ou de sa mémoire.

Ce tableau est absolument génial : Encore un triptyque ! 

Je rejoins Gilles Deleuze. Comme il l’écrit, dans Francis Bacon, logique de la sensation, p81, Seuil

« Et finalement, chez Bacon, il n’y a que des triptyques : même les tableaux isolés sont, plus ou moins visiblement, composés comme des triptyques. »

Dans cette toile, la femme déformée, évoque les photos de trois de ses amies et modèles :  Henrietta Moraes, Isabel Rawsthorne  et Muriel Belcher.

J’aurai passé ce week end, à me perdre, à promener mon regard, dans cette toile de Francis Bacon qui m’offre, non seulement, le vert de l’Irlande, le vert de l’espoir, une très belle palette de verts. Mais au delà du triptyque, dans lequel il me transporte, F.Bacon me donne aussi l’idée de la juxtaposition, de l’entremêlement de trois personnages pour n’en faire qu’un seul.

Je me demande si Jonathan Littell en parlera dans son essai « Triptyque Bacon, 3 études sur francis Bacon » qui paraît en Juin 2011 chez Gallimard.

Henrietta Moraes

Isabel Rawsthorne

Muriel Belcher

Textes de ce blog sur les tableaux de Francis Bacon : 

Giacometti – Bacon : Les visages 

– Giacometti – Bacon : Isabel Rawsthorne 

Blocs : Ruines de Baalbek et tableaux de Francis Bacon

Diptyques et triptyques de Richard Avedon 

Les miroirs – The mirrors


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