Le Japon de l’après Fukushima : Arrivée à Tokyo

vendredi 6 mai 2011 – samedi 7 mai 2011 :

Arrivée à Tokyo au petit matin, je suis frappée par le vide de l’aéroport de Narita. Je reprends vite mes repères.

Je suis accueillie par Yoshi qui me conduit à l’hôtel puis au bureau. Ce n’est clairement pas le Tokyo que j’ai connu. Les artères sont quasi vides. Le nombre de gens portant des masques est impressionnant.

Je m’attendais à ressentir la gentillesse des japonais à l’égard de ces étrangers qui viennent au Japon. Effectivement, l’accueil, la reconnaissance se lit dans leur regard, partout : dans la rue, au travail, à l’hôtel.

Les recommandations en cas de tremblement de terre me sont spécifiquement montrées, alors qu’il n’en était rien lors de mes précédents séjours. Un papier me fournit la conduite à tenir pour faire face à l’invisible, que je ne sais mesurer, la radioactivité.

Le japonais dégage une humanité, une proximité que je n’avais jamais perçues auparavant.

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Je me dis au plus profond de moi, que je vis une chose similaire à ce peuple qui se sent rejeté, qui vit l’exclusion. Rien à voir avec mes maux, mais tous les hommes m’ont jetée à la poubelle, m’ont rejetée, ont fini par tuer la femme que j’étais, m’ont exclue définitivement du monde des femmes. Je me sens proche des japonais. J’ai compris ce qu’il pouvaient ressentir.

Le Japon vit le rejet, l’exclusion, le malheur.

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Une fois arrivée, nous nous sommes tous rassemblés, avec le personnel pour se souvenir des victimes, louer le travail des secouristes, des techniciens de Fukushima.

Une fois cette cérémonie terminée, tout le monde donne l’exemple, et redouble de travail.

Le travail m’engloutit. Tout le monde est à pied d’oeuvre, y compris samedi.

Le programme qui m’a été fourni ne me prévoit pas beaucoup de temps libre. Dimanche, je pensais aller à Kyoto. Mais, il me sera impossible de décliner l’invitation de Xavier qui me convie chez lui, pour un dimanche en famille à la japonaise. Il a épousé une japonaise, Yuuko, et vit maintenant depuis 15 ans à Tokyo.

Je suis heureuse, et ai décidé de faire comme si de rien n’était. Je mange avec appétit. J’essaie d’apporter une note d’optimisme à ce pays, que, je veux être symboliquement, une note d’optimisme pour moi.

Je remarque des visages qui sourient : La disparition de Ben Laden fait toujours la une des journaux ; cela permet aux japonais d’oublier quelques instants Fukushima.

Mais je vois, en passant avec  Xavier devant un  jardin d’enfants, tout près du bureau, que les petits sont tous dotés d’une bouteille d’eau.

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Ce soir, en rentrant à l’hôtel, je regarde, avant de sortir, le superbe livre de Xabi Etcheverry, qui me livre des images du Tokyo que je voudrais voir : « avoir 20 ans à tokyo »

Cela ressemble étrangement à la vue que j’ai de ma chambre… Evidemment, ce n’est pas mon visage.

Je sais qu’en déambulant dans Shibuya, dans la nuit tokyoïte avec un minimum d’éclairage, je ne retrouverai pas cette atmosphère, ce soir.

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Il faut que je trouve des petits présents, à la japonaise, pour la femme de Xavier et ses deux enfants.

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Une réflexion au sujet de « Le Japon de l’après Fukushima : Arrivée à Tokyo »

  1. Ayant lu votre commentaire sur mon blog, je suis venu parcourir vos pages, pleines d’intérêt et de sensibilité. Je suis très intrigué par votre voyage au Japon, un pays où je n’ai séjourné qu’une fois mais qui me passionne. Vous avez raison d’y aller maintenant, dans les épreuves que traversent les Japonais. Si mes activités professionnelles m’en laissaient le temps, je ferais volontiers comme vous! Je reviendrai en tout cas en espérant suivre les épisodes de votre voyage. Bon courage et bonne continuation sur votre voie, qui ressemble un peu à une voie en montagne. A.L.

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