Comment naît l’idée d’un voyage ?

Voyager, c’est inventer, lire, écrire ….

Pourquoi il y a-t-il des lieux qui m’attirent, à un tel point que je m’y rends, éternellement ?

L’éducation que j’ai reçue est très certainement pour beaucoup dans mon amour du voyage. Mais, ce n’est pas tout.

Se rendre au bout du monde, élargir son monde d’une manière plutôt que d’une autre relève d’un processus certainement beaucoup plus complexe, que le fait d’avoir eu l’habitude de s’évader, de voyager.

La personnalité du voyageur y est sûrement pour quelque chose. La volonté de découvrir « autre chose », d’aller vers l’inconnu, n’est pas donné à tout le monde, et même à très peu d’être humains.

Les personnes qui me connaissent étaient convaincues que mes voyages étaient une fuite. Je ne trouvais pas cela juste de présenter cela de manière négative. Le voyage est l’évasion (pas d’une prison), mais une ouverture magique vers l’ailleurs.

Voyager est poser son regard, son propre regard vers ce qu’on ne connaît pas. C’est aussi désirer, donc aller vers l’inaccessible. Voyager remet en cause l’individu.

Par exemple, j’ai souvenir que la première idée qui m’a donné envie d’aller au Japon fut une carte postale, envoyée par un couple d’amis qui sont partis une année au Japon lors de leurs études.

Je me souviens exactement que « l’inception », la première idée d’aller au Moyen-Orient remonte à Avril 2004, lorsque Françoise Giroud nous a quittés. J’avais alors écouté le dernier entretien qu’elle avait donné, où elle racontait son profond regret de ne pas s’être rendue dans ces pays.

Mais qu’est ce qui va arrêter le choix ?…

L’évidence de se rendre en un lieu précis, d’écrire ce voyage, de l’inventer est là lorsque le désir est à son paroxysme.

Ou aussi lorsque l’on pressent, que l’opportunité d’un voyage se présente et ne pourra pas se reproduire, faisant que le voyage est alors une invitation.

C’est clairement une invitation au voyage que j’ai reçue, lorsque j’ai décidé de me rendre en Antarctique en voilier, sur les traces de Charcot, depuis la terre de feu, pour rejoindre la terre de Graham.

Ce sont aussi des lectures d’enfant qui nous font rêver : Jules Verne m’aura donné l’amour de l’Orénoque !

Lire le Tintin, le temple du soleil, ou l’oreille cassée, n’aura fait que renforcer mon désir d’aller vers ces contrées perdues d’Amérique du Sud

Voir Aguirre, la colère de Dieu, m’aura marquée et je sais qu’une couche de désir, grandit sagement dans un coin de mon imaginaire, et me conduira un jour vers l’Orénoque ou l’Amazone.

En attendant, ils m’auront menée vers ces petits pays d’Amérique centrale (Costa rica, Panama, Honduras…), avant qu’ils ne soient touristiques. La forêt vierge (the rain forest) et tous ces animaux (paresseux, toucans, Aras, singes, ….) dans un environnement ayant conservé une virginité m’auront ravie.

Le voyage qui me manque à ce jour, est celui du rendez-vous : Donner rendez vous à un homme, au bout du monde, ou plus près, en un lieu que j’aurai choisi.

Il faudrait que nous partions chacun de notre côté, si possible dans des directions différentes, pour que nos voyages tracent un tour du monde et que, tel dans un film, nous nous retrouvions, à partir d’un scénario établi par l’un d’entre nous.

Ce voyage que je désirais tant, que j’avais rêvé, dont j’avais dessiné l’histoire, cet automne, pour que nous nous retrouvions à Baalbek, au Liban, n’aura pas existé.

Jamais je n’aurai vu apparaître sa personne, là, où il aurait du me rejoindre. Personne n’est venu !

Je serai restée seule… et une fois l’impossibilité décrétée, le point final a été gravé.

Au cours du premier versant de ma vie, sur la pente vertigineuse du second, aucun homme n’aura comblé, ce désir si fort, de me rejoindre, dans un ailleurs, un hors du temps, un lieu splendide, magique.

C’est la seule chose qui aura manqué à ma vie sur terre et qui me désespère car cela restera vide à jamais : un rendez vous magique, dans l’écriture vécue du voyage de deux vies.

Jamais, je n’aurai donné envie à un homme de me rejoindre,  pour écrire ensemble une histoire si spéciale et unique. Cela restera pour moi, le pays où l’on n’arrive jamais.

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