Ben Laden is dead …

Il aura fallu que je sois réveillée par la nouvelle !

Une alerte mail, venue de l’autre rive de l’atlantique, de www.truthout.org, au petit matin, a fait vibrer mon Blackberry.

En lisant ces quatre mots : « Ben Laden is dead », j’ai pensé en premier à Ahmad Shah Massoud,

puis à mes amis new yorkais, qui ont perdu des proches, dans cette tragédie du 11 septembre 2001, ce cygne noir.

Je me suis rendormie en songeant à ces dix années, à tout ce temps qu’il avait fallu, pour arriver à se débarrasser de ce fou, de ce monstre, cet autre Hitler ou Staline. Quoi qu’il en soit, il fut, malheureusement, à l’origine d’une nouvelle sorte de terrorisme.

Heureusement, je n’ai ni poste de télévision, de radio…. Je me suis repliée sur moi-même, évitant les kiosques à journaux, inhibant la sonnerie des alertes mail du BBY et me suis replongée dans mes lectures sur Francis Bacon.

J’ai vaguement jeté un oeil sur le site du monde ainsi que sur celui du New York Times…. Rien de très intéressant.

J’ai tout de même lu que des commentateurs de Fox News, chaîne bien connue pour soutenir les Républicains, avaient commis des lapsus, appelant le fameux Ben Laden, Obama et non Osama … et oui, une faute de typographie sur le prompteur, une erreur de lettre et de sens …le B et le S font une légère différence, en l’occurrence… cela a réussi à me distraire.

Hier, j’ai appelé Obama … Osama…

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Je suis persuadée, que chacun d’entre nous, se souvient de l’endroit où il était en ce 11 septembre 2001.

Le 11 septembre 2001, j’étais insouciante, en vacances, sur l’île d’Amorgos, en Grèce : je contemplais les paysages du Grand Bleu.

Malgré le bleu du ciel et la splendeur des fonds sous-marins de cette méditerranée, en cet endroit précis, je voyais la vie « en noir et blanc », exactement comme dans la première partie du film.

J’avais appelé mon ami le 12 septembre, pour avoir de ses nouvelles, depuis une cabine téléphonique.

La ligne crépitait et il essayait, tant bien que mal, de me raconter l’horreur … Je n’arrivais pas à comprendre, tout simplement.

La ligne avait été coupée. … Impossible de le rappeler.

Je m’étais rendue, en l’absence de cybercafé, à un hôtel qui avait CNN et j’ai alors un tout petit peu mieux compris.

Inquiète pour mes amis new-yorkais, le propriétaire m’avait gentiment permis d’accéder  à internet, et là, pendant plusieurs heures, j’ai lu, relu, vu, revu l’innommable, la folie de quelques hommes…

Je me souviendrai toujours, de mon voyage à New York, au début de ce mois d’octobre 2001. L’ ambiance qui y régnait était si particulière et relevait à la fois, de la blessure et de l’incompréhension. En même temps, une solidarité et un élan national régnaient : l’Amérique avait été meurtrie, humiliée.

Des drapeaux flottaient à une fenêtre de chaque appartement.  J’avais vraiment eu  besoin de me rapprocher de mes amis et de les soutenir, exactement comme je vais le faire en me rendant au Japon.

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Ben Laden is dead !

Je me remémorais, au cours de cette journée du 2 mai, tous les propos haineux qu’avait pu déverser Ben Laden, toute sa folie !

Le soir, j’ai tout de même cherché à connaître le nom du lieu perdu au Pakistan où il s’était caché…

Abbottabad …

J’imaginais ce coin perdu, dans les zones tribales, non loin de Peshawar.  Mais non, cette large prison dorée se situait, à moins de 50 kilomètres d’Islamabad, dans la banlieue chic de la capitale, interdite de survol aérien.

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J’ai alors fait un chemin à rebours…

J’avais adoré survoler l’Afghanistan, les montagnes du nord du Pakistan.

Je me rendais alors au Cambodge, pour passer dix jours à Angkor et ses environs ! C’était en 1999.

Par insouciance, par curiosité,  j’avais pris un billet économique avec la PIA : Pakistan International Airlines.

J’avais été surclassée, … mais je me rappellerai toujours, que les pakistanais voyageant en Business, avaient tous retiré leurs chaussures.

Cela m’avait mise d’humeur morose, mais j’avais préféré « accepter » la situation et j’étais partie dans un délire, me moquant de ces hommes, tant cela sentait l’infection dans la cabine…

Voilà, pourquoi les femmes étaient voilées !

Ou alors, persuadée qu’ils faisaient laver leurs chaussettes par leur(s) femme(s), je m’imaginais leur disant :

« Comment voulez-vous que vos chaussettes soient propres, si vous n’avez pas de machine à laver le linge….?  Comment voulez vous que des femmes voilées et non éduquées, lavent efficacement des chaussettes ? Plutôt que de les enfermer, et les cacher sous des burqas, envoyez les faire des études, elles achèteront des machines à laver, et du savon pour vos pieds ».

La marche pour atteindre une hygiène correcte relevait du plus haut sommet pakistanais : Au K2 qui se situe sur la frontière avec la Chine, j’avais préféré le Nanga Parbat (aussi nommé le Diamir), entièrement situé sur le territoire pakistanais !

La carte des repas du vol regorgeait d’imagination :  j’aurai mangé, invariablement, du poulet avec des pois chiche et du riz, à chaque repas …

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J’avais passé deux jours à Islamabad, parquée dans un hôtel « moderne ». Le paysage entre l’aéroport et l’hôtel n’était pas engageant.

Islamabad !

Cette escale de deux jours à Islamabad, m’avait néanmoins ravie, tant je l’avais souhaitée, et presqu’anticipée, en me faisant faire un visa !

Escale improbable, imprévue, suite à la panne imprévisible, d’un moteur de cet airbus flambant neuf de la Pakistan International Airlines.

Outre la panne, la compagnie avait du vider l’entièreté des soutes sur le tarmac, pour que les passagers viennent identifier et récupérer leurs bagages.

En plus de machines à laver et de savons, les pakistanais manquaient aussi d’ordinateurs …!

Ce marché avait un potentiel remarquable.

J’avais réussi à m’échapper de l’hôtel, pour aller me perdre dans les bazars et souks. Mes cheveux n’étaient pas couverts.

Cela semblait tellement impossible, aux yeux des pakistanais, qu’une femme se promène seule, non voilée, habillée en occidentale, qu’ils ne m’ont, tout simplement pas vue.

J’avais déambulé, sans aucun problème, au gré des ruelles. J’étais transportée au moyen âge, pour revenir au coin d’une avenue, dans ce XXème siècle.

Régnait dans cette ville une atmosphère unique, inoubliable.

J’étais rentrée en taxi.

*****

Mais revenons à Ben Laden et son terrier royal, à Abbottabad !

Ce nom ne me faisait pas rêver, contrairement aux grottes de Tora Bora ! Un nom pour un livre, un roman, un film … un nom sublime, malgré la désolation du lieu !

Je pensais aux dix années de traque, aux sommes d’argent colossales, aux moyens disproportionnés qui s’étalaient dans les media, aux dispositifs les plus sophistiqués déployés par les armées de  G.W. Bush,  pour retrouver le principaux membres d’Al Qaïda.

Je revoyais les images de l’attaque de Tora Bora et tous ces avions qui pilonnaient les montagnes désertiques de l’afghanistan … Comment espérer toucher Ben Laden ? Combien de victimes civiles auront été tuées ? Nous ne le saurons jamais, puisque seuls comptaient les membres d’Al Qaïda.

Et puis, nous apprenions, que le fameux Mollah Omar, avait échappé aux troupes US….Il avait réussi à les semer … à mobylette !

Heureusement que le ridicule ne tue pas !

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Voilà le voyage, dans ma mémoire, que m’aura laissé la mort de Ben Laden.

Une pensée pour Massoud, pour toutes les victimes du 11 septembre et leurs proches, sans oublier les victimes innocentes afghanes.

Et puis, enfin, je suis lucide, persuadée que la situation n’a pas progressé en Afghanistan, que le Pakistan est un pays qui peut tomber dans la folie meurtrière. Mais, au fond de moi-même, je suis soulagée, et même heureuse, que cette opération réussie, ait été déclenchée par Obama et non GW Bush.

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Nous vivons une époque faite d’instabilité, d’imprévus, où les cygnes noirs, ces événements que personne ne peut imaginer, prédire, semblent se reproduire :

La crise financière impensable, les US qui vont à la faillite, les états européens qui ne vont guère mieux, la marée noire gigantesque du golfe du Mexique , le tsunami japonais et ses catastrophes nucléaires, ….

L’époque que nous vivons, est passionnante, tant nous pouvons sentir que les rapports de force évoluent, changent …. La Chine s’implante partout où il y a des ressources, l’occident tente de conquérir ces marchés asiatiques, émergents si prometteurs ; le Moyen-Orient lui aussi bascule ; Le pétrole vient à se tarir , l’Inde et le Brésil veulent leur part du gâteau, …. et la planète étouffe…

La folie de l’être humain le conduit, nous conduit, à sa disparition, à notre propre perte !

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