En route pour le Japon…

Le mai, le joli mai en barque sur le Rhin, ….
Guillaume Apollinaire

Je suis heureuse de franchir cette borne, de sauter à pieds joints, dans ce mois de Mai, qui m’éloigne des mois passés, si funestes.

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Ce jeudi, je vais partir au Japon, à Tokyo, pour prêter mains fortes à nos équipes locales.

Le médecin m’a prescrit des pastilles d’iode. Les formalités administratives sont terminées.

J’aurai passé mon weekend à écrire des textes pour continuer à publier dans cet espace.

Je vais y rester, environ deux semaines, le temps qu’il faudra.

Bien sûr, j’ai réfléchi aux risques pour ma santé…

Mais, personne ne me retient. Je n’ai aucune charge familiale. J’ai donc répondu favorablement à cette demande.

Et puis, j’ai besoin de m’éloigner de Paris, où j’ai vécu l’humiliation, le rejet. Comme si 2010 n’avait pas été assez éprouvant pour moi, ces 3 derniers mois n’ont été que répétition de cette déchéance que m’ont fait vivre les hommes.

Ce voyage au Japon marquera, imprimera, gravera pour toujours, ce passage de la frontière, vers ce « no man’s land », où je vais vivre en « absente ».

Je tiens, aussi, à me faire mon opinion, bien à moi, sur ce qui se passe au Japon.

A Tokyo, je pourrai mesurer par moi même, l’inquiétude locale, voir la ville, la nuit, sans ses lumières bleues et vertes. Les écrans plasma accrochés aux buildings seront éteints, la ville sera endormie la nuit.

Cette image, je ne pourrai la voir qu’en pensée :

Je ne pourrai m’asseoir contre la vitre pour contempler les lumières qui me ravissaient.

Je vais vivre en tokyoïte, avec les coupures de courant, le métro encore plus bondé qu’à l’habitude et cette présence invisible mais bien réelle de la radioactivité.

A quoi vais-je penser en regardant le soleil se lever, dans le ciel de Tokyo ?

Une telle masse de travail m’attend, que je ne sais, si j’aurai le temps de penser à tous ces dangers invisibles, depuis mon hôtel, depuis le travail, en marchant dans la rue, en mangeant, en ingérant et faisant couler sur ma peau, cette eau empoisonnée.

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Je sais que mes collègues japonais prendront soin de faire, comme si, rien, ne s’était passé. Une fois la compassion exprimée, ce sera « business as usual. »

Néanmoins, j’observerai tous ces japonais, les media et l’information dispensée, avec mon regard, si particulier, d’européenne qui a passé du temps au Japon, qui connaît bien sa culture pour lui avoir consacré une partie de ma vie.

Je pense que mes collègues se douteront, liront cela, dans mon comportement.

Ils ne manqueront pas de remarquer que je porte le deuil des japonaises en voyant mes cheveux courts, l’austérité de mes vêtements et mon air absent, détaché.
Ils sauront que je n’existe plus pour quiconque, que ma vie est terminée, que je me voue à mon travail.
J’attends désormais que la mort vienne prendre ma main, pour la refroidir et non la réchauffer.

Mais réciproquement, je pourrai découvrir, lire dans les yeux des japonais, la réalité de leurs pensées.

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