Champ de Bataille

« Me trouvant dans la détestable période de creux dans laquelle on plonge quand on vient d’achever un livre, je n’étais pas bien en forme. »

Michel Leiris, lettre à Francis Bacon, 9 Septembre 1981.

Je suis dans ce creux, cette dépression. Je ne cesse de vivre la perte, l’abandon. Je vis la mort, comme à chaque fois.

Dans cet état de retirement, j’avais lu ce weekend « le bleu du ciel » ainsi que « l’impossible » de Georges Bataille.

La symbolique était trop forte pour moi. Il me fallait ces deux livres.

Et d’ailleurs, je suppose que le fait d’avoir « croisé » Michel Leiris en pensée, lors de cette exposition « Dogon », ainsi que Roger Caillois, n’a pas arrangé les choses.

Ces deux livres de Bataille, même s’ils sont divinement bien écrits, dégagent une violence inouïe, morbide, envers le lecteur.

Le cauchemar infernal et récurrent est revenu !

*****

Léa fait ce cauchemar depuis son plus jeune âge.

Léa est en fuite. Elle court, au plus vite, pour sauver sa vie. Ceux qui la poursuivent veulent sa mort.

Elle se faufile dans des dédales de ruelles, passages pour soudain arriver à l’aurée d’une clairière.

Malheur, Léa ne peut être que découverte. Elle est cernée, n’a plus d’issue si ce n’est la mort.

Dans cette clairière s’était déroulée une bataille avec des armes blanches, si bien que le sang est partout. Les cadavres se vident de leur sang.

Léa se couche au sol, s’effondre, se roule au sol.

Dans cette désolation, elle retient sa respiration, se sent lourde et blême tant elle est terrorisée : son instinct de survie lui fait feindre la mort parmi tous ces cadavres.

Ils arrivent et retournent chaque corps. Pour s’assurer de leur mort, ils n’ont aucune hésitation à éventrer les corps gisants, avec les lames les plus affûtées.

Léa les entend se rapprocher. La tension de son corps est à son paroxysme.

Elle est sauvée, par ce réveil, ce rêve qui ne s’achève jamais, qui ne s’achèvera, sans doute, que, lorsque la mort décidera, non pas de la suivre, mais de venir à sa rencontre.

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