Obsession

Silence obsessionnel au Japon et obsession des mots, de mes maux.

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Alors que le Japon vit une catastrophe nucléaire ; Tous les media prennent bien soin de reléguer ce sujet, dans la rubrique la plus enfouie sous terre. Une autruche ne pourrait pas faire mieux !

Je ne parle pas que de la France. Le silence, les informations contradictoires, l’absence de précision ou un surplus de précisions sur des points anecdotiques, au Japon même, font que ce peuple est dans un désarroi total.

Les étrangers sont retournés au Japon.

J’imagine Tokyo sans ses lumières bleues la nuit, avec ses mini markets dévalisés en eau, les escalators arrêtés, la limpidité du ciel d’avril, les cerisiers en fleurs ; les japonais dans les parcs, célébrant ce printemps, en buvant de la bière, installés en famille, sur ces bâches en plastique bleu.
Cette bière doit avoir un goût amer.

En rentrant chez eux, les chaussures sont soigneusement laissées à l’extérieur ; comme le recommande le gouvernement japonais.

Chacun se lave les mains, bien plus souvent que d’habitude. A chaque gorgée d’eau avalée, ils se demandent s’ils ne sont pas en train de s’empoisonner. Ou, résignés, ont-ils déjà oublié ou peut-être accepté…

Comment évacuer une telle mégapole? Ses habitants sont pris dans un piège, une nasse. Comment fuir et où aller ?

Comment David Hockney peindrait-il aujourd’hui le mont Fuji ?

David Hockney, Mount Fuji

Je suis sûre que son mont Fuji ne dégagerait pas de sérénité

La radioactivité ne se voit pas, elle est invisible et ses conséquences n’apparaîtront que tout doucement, progressivement pour les générations à venir, sauf pour les « liquidateurs ».

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J’étais allée voir M.A ce vendredi.

Je sais que mes maux ne sont en rien comparables, à ce qui se passe, en cet extrême orient, en ce Japon que j’aime tant, où il y a un peu de ma personne. Ce pays ne m’a pas laissée indemne.

J’aime tout autant ces pays du moyen orient qui m’ont inversée, renversée, bouleversée.

Néanmoins, je ressentais du progrès car j’avais compris, à quel point, je me faisais du mal et je déformais ma personne physique et psychique. Ceci étant dit, cela n’était qu’une prise de conscience, qui n’anéantissait pas encore ces images distordues, mon ouïe déformatrice.

Je me perdais dans ce mobile de Calder et répandais mes mots et mes maux avec le débit puissant, intarissable de l’Orénoque.

Les deux ruines et son spectre me hantaient. Il m’avait éventrée.

J’étais à terre, comme ces piliers sur le sol, qui ne pouvaient rouler, bouger, se relever.
J’agonisais et semblais m’être transportée, narrer une des pires scènes d’agonie, comme le fait si bien C.Malaparte dans « La Peau » ou « Kaputt ».

Je suis seule, penchée sur la table d’écriture.

Je n’avais plus de force et pour cause, j’oubliais à nouveau de m’alimenter.

Mon weekend sera solitaire.

Malgré le bleu du ciel, mon ciel à moi, est gris, voire noir. Je vois la tempête poindre à l’horizon.
Ce samedi ne sera fait que de néant. Rien ne m’enchantera. Tout sera « souffrance ».

A 16h30, je sais que je serai seule à penser à « ce 16h30 du 12 février ».

Voici ma condition de femme obsolète ; ma vie de femme n’existe plus. Je sens ce vide et son intensité.

J’avais dit à M.A. que j’acceptais pleinement la disparition de ma vie de femme. Je l’acceptais, non par résignation, mais par réalisme et dignité. J’avais fait une croix dessus.

M.A me rappelle que nous sommes le vendredi saint … Je ne le savais pas.

Ce weekend de Pâques serait un follow up, une répétition, du jour des morts et de ce lundi 4 avril.

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