Photographes américaines – Diane Arbus

Après Lisette Model en 2010, le Musée du Jeu De Paume va exposer, du 18 octobre 2011 au 5 février 2012, près de 200 clichés de  la photographe américaine Diane Arbus.

« Nothing is ever the same as they said it was. It’s what I’ve never seen before that I recognize. »

Diane Arbus, Five photographs by Diane Arbus, Artforum, Mai 1971.

« My favorite thing is to go where I’ve never been. »

Diane Arbus, An Aperture Monograph, Aperture Foundation, 1972.

Ces deux citations de Diane Arbus ne pouvaient qu’attirer mon attention, me captiver, me transporter car, comme elle, j’ai besoin d’aller vers ce que je ne connais pas, là où je ne suis jamais allée.

J’ai cette attirance pour l’ailleurs, le différent. J’ai ainsi la sensation de réellement  étendre mon imaginaire, repousser les frontières de mon monde, et découvrir, apprendre.

Autant les verbes découvrir, apprendre, sous-entendent la curiosité, la faim et en ce sens, je les adore ; autant j’ai banni de mon vocabulaire le verbe « savoir », qui sous-tend un monde qui se réduit, se rétracte, un monde où le passé rassure, le futur fait peur.

J’aime l’arête, le bord, l’inconnu, la frontière et son passage vers l’au-delà, regarder devant. Cela permet de penser hors de la boîte et ainsi d’atteindre un esprit créateur.

Je recherche le déséquilibre. Cela me captive.

Lorsque j’ai vu ses clichés exposés au sein des collections permanentes du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, cela m’a arrêtée !

Car, c’est exactement, comme si je reconnaissais, ce que je n’avais jamais vu ! 

Il est également clair, que l’on retrouve l’influence de Richard Avedon, dans les thémathiques (inconnus, drifters, malades mentaux…)  ou de Lisette Model avec sa devise : « Plus on est particulier, plus on est universel ».

Les clichés de D.Arbus nous fait découvrir un New York des années soixante, extrêmement glauque, dérangeant, qui positionne le spectateur sur l’arête, le déstabilise pleinement !

Son thème majeur, est la marge, la marginalité, le bord ; tout ce qui est différent : jumeaux, travestis, nudistes, transsexuels, travestis, siamois, artistes de cirque, nains, géants, malades mentaux, SDF, … des « weirdos », des « freaks ».

Alors qu’Avedon sublimait, magnifiait ses drifters (cf le triptyque de Clarence Lippard par exemple), Diane Arbus, les photographie tels qu’ils sont, froidement, comme un reporter.

Certes, les formats ne sont pas à échelle humaine, comme ceux de Richard Avedon.

Les photos sont petites, carrées, encadrées.

L’artiste déploie un style bien à elle. Elle fait elle-même, comme Avedon, le développement de ses photos.

D.Arbus, va à la rencontre de l’imprévisible, des inconnus qui n’ont rien choisi, de leur destinée.

Ils semblent tous avoir connu, le bord, l’arête, la limite. Certains, beaucoup sont allés, sans conteste, au-delà, l’ont dépassée, ont chuté  et s’y sont installés.

Ses photos sont crues, froides, violentes parfois, sans affect, factuelles, sans jugement.

Les personnages paraissent sur les photographies, avec un naturel étonnant, voire déroutant.

Le style, cette distance, cette froideur apparente confèrent à ses photos, fragilité,  sensibilité et à la fois une force extrême, une solidité implacable.

Diane Arbus est vraiment une photographe pleine de paradoxes !

Tout comme R.Avedon, D.Arbus a fait de nombreux portraits de gens connus. J’ai été ravie de pouvoir découvrir, la très belle photographie de JL Borges.

*****

J’ai tenté de choisir 3 photos ; cela n’a pas été facile. Je pense avoir retenu celles qui m’avaient vraiment mise mal à l’aise.

J’ai hâte de revoir ces photos et de découvrir des clichés plus rares, inédits, comme le promet le site du Musée du Jeu de Paume.

Transsexuel – Naked man being a woman, New york, (1968)

Diane Arbus, Nain mexicain dans sa chambre d’hôtel, New York (1970)

Diane Arbus, Enfant à la grenade, dans un parc à New York, (1962)
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