PRADA : Dresses and Fragrances – Des Robes et des Parfums


Breaking & changing the habits  !

Il me fallait du changement ; ce serait bien mieux pour oublier tous les hommes que j’avais perdus.

Tout devait changer pour ma personne, y compris l’écriture. Je ne savais pas encore s’il me faudrait plonger dans l’encre, ou nager ; autrement dit, accélérer le rythme de l’écriture ou alors marquer le pas, et écrire différemment, autrement, de manière plus rigoureuse, plus resserrée. J’ai le sentiment de me disséminer, d’être déstructurée dans cet espace, où il n’y a aucune colonne vertébrale.

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Je n’ai pas fait mon heure de sport, et je n’en ferai plus le samedi, au moins en printemps et été. Le samedi matin sera consacré à l’écriture.

Je n’irai plus manger chez OKAME, le samedi. Le chef, parti à la retraite, a été remplacé. Je n’irai plus à la Maison du Chocolat, ni chez Mariage. Je n’irai plus Place des Ternes, si fade, portant à merveille son nom.

Il me faudrait un autre quartier, plus serein, plus neutre, sans souvenir ; un quartier où tout sera à inventer.

La femme de ménage est arrivée à midi, comme convenu. Elle allait nettoyer l’appartement dans son entièreté, …, un grand nettoyage de printemps, en quelque sorte.

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Je suis partie rejoindre mon champ de lavande. Pour combien de temps encore allait-il subsister dans mon monde ?

Je savais qu’il allait en disparaître, que ce serait sans doute, mon dernier week end, dans ce coin du Jardin des Tuileries. Je ne suis pas restée longtemps, plus vraiment habituée au soleil qui tapait sur ma tête dérangée.

Avec ce soleil, j’avais mis une robe d’été. J’avais eu du mal à trouver cette robe en lin dont j’aimais le bleu-gris. Elle avait été déplacée, dérangée.

Une fois enfilée, force est de constater que je  ne la supportais plus. Elle était coupée, pliée, ou dépliée, comme un origami raté. Cette robe avait l’aspect d’un sac de pommes de terre.

Ma personne pouvait sembler autant dérangée, chiffonnée, froissée, que cette robe, sans forme, de mauvaise qualité, qui se déformait, se distendait.

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Je n’avais acheté aucune robe digne de ce nom depuis trois ans ; j’ai quitté mon champ de lavande pour aller chez PRADA.

Ce samedi précis sera fait d’instants futiles, mais qui peuvent s’avérer utiles, si et seulement si, ces moments sont rares.

J’ai pleinement confiance en Miuccia PRADA. Ses collections de vêtements ont une coupe parfaite, des formes intemporelles, des tissus de qualité.

J’aime son style qui incarne l’élégance, ce que j’aime de l’Italie. Evidemment, il y a de l’éphémère, mais une partie de la collection se situe toujours hors du temps.

La boutique était en travaux et son espace déménagé place Beauveau. En m’y rendant, je suis passée chez T. m’acheter deux paires de chaussures.

Je pousse la porte, Place Beauvau, et me dirige à l’étage. J’y ressens du calme. L’étage est désert, sans client.

Je retrouve Gloria, italienne, qui s’était occupée de moi. Je fais un tour de la collection, repère peu de choses qui pourraient me convenir.

Gloria a ce don de comprendre ce que je veux, ce que je ne veux pas. Je sais que je ne perdrai pas de temps.

Un thé m’est servi.

Du sobre, de l’élégant, de l’intemporel, des étoffes légères mais solides, comme la popeline : elle regarde mes grosses lunettes de soleil en écaille. Voilà, elle a compris.

Elle jauge ma silhouette : 38 italien, la plus petite taille, ou 40 pour les modèles, taillant petit.

En attendant les robes, en buvant mon thé, je pense à la taille de la Villa Malaparte, à sa découpe, à celle de son escalier !

Concevoir des vêtements, c’est un peu être architecte, car il faut apprécier la proportion des formes, l’épure des lignes, non ?

Le plus beau dans une robe, ne serait-il pas aussi le pli, la découpe, et son mouvement : la manière dont la robe évolue avec le mouvement de la personne qui la porte ? Exactement, comme l’ombre du plongeoir se projette sur le fond de la piscine,  évolue au fil de la journée et de la position du soleil ?

Gloria revient avec cinq robes.

– J’aimais beaucoup la robe bleue avec des motifs géométriques. Malheureusement, la fermeture éclair, en plein milieu du dos me joue des tours. Je n’arrive ni à l’ouvrir seule, ni à la fermer seule. Cela voudrait dire que je ne pourrais la porter que si un homme s’endort et se réveille à mes côtés. La robe est éliminée.

– Je n’essaie même pas cette robe avec un volant, même si les couleurs et l’étoffe sont splendides. Je n’aime pas les volants.

– J’aime l’intemporalité et la rigueur de cette robe en popeline bleu marine. Le col vient subtilement abolir l’austérité qu’elle aurait pu inspirer : elle est impeccable. Je m’y sens bien.

– J’adore l’élégance, la simplicité de cette robe en soie et laine ; Près du corps, assez courte, elle dévoile un peu plus que mes genoux. Mais sa forme géométrique, légèrement en trapèze, sans l’être trop est idoine pour ma personne. De fines rayures  horizontales, vertes, marron et blanches, juste au dessus du genou, soulignent et mettent en valeur la luminosité de l’étoffe et transforment le bleu nuit de la robe en un tableau de Soulages ou Rothko. Cette robe est faite pour moi.

– J’adore également la fluidité de cette robe à rayures plus larges : noires, vertes et blanches en haut, noires et bleues en bas. Les couleurs sont splendides. Je serais davantage dans un tableau de Nicolas de Staël. Une fois encore, la coupe me va parfaitement.

Par des jeux de miroirs subtilement répartis dans l’espace, je peux me voir de face, de dos, de côté, de loin. Je me sens féminine et belle dans ces trois robes. Très différentes, elles sont néanmoins parfaites. Elles n’ont besoin d’aucune retouche.

Je vais me faire le plaisir de prendre les trois, même si les hommes me préfèrent nue, qu’habillée…. J’ai besoin de me sentir jolie. Une robe peut y aider. Une robe quelconque peut anéantir une silhouette élégante, ne pas la faire exister.

J’ai cette liberté extraordinaire de m’acheter ce qu’il me plaît, de ne pas avoir besoin d’un homme, à mes côtés, pour qu’il sorte son portefeuille et règle mes achats.

Je suis, au fond de moi, heureuse et fière, d’être pleinement autonome, indépendante financièrement.
J’ai la chance de pouvoir me faire plaisir, de voyager comme j’ai envie de le faire, de m’offrir un peu de luxe.

Cette liberté, cette latitude sont un luxe, mon luxe.

J’ai donc réglé mes achats et suis partie avec la robe fluide, à rayures sur moi ; avec le soleil qui tapait, elle était idéale.

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Arrivée chez moi, mon portable sonne. Ai décroché, malgré le numéro inconnu et là j’ai été vraiment étonnée, de ce qui venait de m’arriver : la caissière avait oublié de débiter ma Carte Visa !!!!!

C’est vrai que j’avais été un peu étonnée de n’avoir rien à « signer » compte tenu du montant relativement significatif de mes achats, mais bon, je goûtais l’instant présent …

Heureusement que je suis honnête ! J’ai rassuré la directrice de la boutique. J’ai tout de même éclaté de rire après avoir raccroché !

Aller Place Beauvau n’est qu’un tout petit saut. Je reprends donc le chemin de la jolie boutique.

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Pour me remercier, la boutique m’offre un superbe flacon d’une eau de toilette qui vient de sortir.

Pourtant je connais cette fragrance que j’adore. C’est une excellente idée de changer également de parfum. Les hommes que j’ai perdus, aimaient tellement l’ancien. Tous voulaient savoir ce que je portais ; certains allaient même jusqu’à envoyer des intermédiaires pour percer ce secret !

Changer de parfum m’aiderait à tourner ces pages blanches, comme le silence de la souffrance.

Je suis devant l’étale des parfums. Un américain avec une chevelure splendide, athlétique n’arrive pas à échanger avec la vendeuse. Il faut dire que décliner un parfum en eau de parfum et eau de toilette avec des plantes si différentes peut porter à confusion.

La vendeuse me demande de l’aide.

J’explique visiblement clairement et mon beau new yorkais rapportera à son épouse le parfum qu’elle attend.

Nous nous regardons lentement ; P. se présente, me sourit.

Il félicite mon anglais, ma jolie robe, mon élégance française.

Je ne sais par quel accident, nous sommes amenés à quitter la boutique au même moment. Il me demande en bredouillant, s’il peut marcher un petit peu avec moi.

L’instant d’une seconde, je songe à ce rouge gorge qui m’avait envoyé un signe le matin. Pourquoi refuser ? Pourquoi renoncer aux hommes ? Pourquoi ne pas s’aventurer sur un territoire vierge, et ne pas inventer ensemble, ce sentier du plaisir, par cette si belle journée ?

Il me demande tout d’abord de lui prendre le bras, puis la main. Nous marchons doucement, lentement, au hasard des rues, au gré de nos envies.

P. aime la France, le Tour de France. Il pratique le cyclisme dans Central Park. A peine plus grand que moi, il est remarquablement svelte et sportif. J’adore son esprit vif  et son sens de la répartie. Comme moi, il aime Borges, Rothko, l’Italie, Malaparte,… et n’aime pas la musique.
Le temps n’est plus ; il est suspendu.

Nous n’avons parlé que de nous. Nous nous sommes construits un monde éphémère, sans passé, en délirant et renversant le présent.

J’aurais voulu nous voir évoluer tous les deux dans Paris, depuis le ciel, en zoomant depuis Google Earth, sur ce trait libre, limpide et lumineux, sur ce sentier du plaisir que nous dessinions.

Il m’aura aimée, une fois, une seule fois. Mais qu’importe ?

L’exceptionnel ne se compte pas, mais se dessine, se grave intensément, pour l’éternité.

L’exceptionnel est à la fois, « imparfait du présent » et   « futur antérieur » !

Il se sera envolé dimanche soir pour New York …

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