Calder : du cirque aux mobiles et stabiles

Le cirque de Calder

Je n’ai aucune appétence pour l’univers du cirque, néanmoins, c’est la première oeuvre que j’ai vue lors de mon séjour new-yorkais en 1986-87, quand j’ai visité le Whitney Museum of American Art. Le cirque de Calder trônait dans le hall.

C’est vrai que j’avais été enchantée de voir à quel point, Calder faisait rêver avec rien, presque rien, dans ces « années folles », à Paris. Avec des fils de fers, un bout de bois, de la ficelle, une pince à linge, du tissu, cuir … et quelques autres matériaux communs, Calder  avait réinventé son monde du cirque, avec tous ces personnages, près de deux cents : acrobates, animaux, dompteurs, danseuse du ventre, cracheurs de feux, jongleurs ….  Calder n’avait rien oublié, le trapèze, les filets de protection, les tapis qui se déroulaient, le crottin et la pelle pour le ramasser, les armoires , les cages à lion, …

J’étais déçue de voir ce cirque silencieux, inerte, voire poussiéreux. J’ai néanmoins gravé et rangé cela dans un coin de mon monde.

Ma surprise a été totale lorsque j’ai vu, en 2009, l’exposition Calder au Centre Pompidou. Grâce aux films d’époque et, en particulier, celui de  de Jean Painlevé, ce cirque inanimé reprenait vie, et quelle vie, quelle force dans ce spectacle. Il n’y avait que du bonheur, de la drôlerie.

Car il fallait voir tous ces personnages légers, en fil d’acier,  animés avec adresse, créativité, ingéniosité, directement par Calder ou alors par des mécanismes inventés par lui.

Il tirait sur les ficelles, actionnait tous ces mécanismes ; et commentait les numéros.

Il les rendait mobiles, les faisait exécuter leurs tours ! Les équilibristes, trapézistes  volent de trapèze en trapèze, l’éléphant crache de l’eau, la danseuse meut son ventre ….

Calder, à la fois ingénieur, mais tout autant poète, en était l’instigateur, le maître de cérémonie, l’improvisateur.

Oiseleur du fer, horloger du vent, dresseur de fauves noirs, ingénieur hilare, architecte inquiétant, sculpteur du temps, tel est Calder. Jacques Prévert

Certes Calder s’amuse, mais c’est le mouvement, la tension, l’équilibre, l’aérien, qui l’intéressent vraiment.

Le cirque annonce l’univers futur de Calder, surtout, à mon sens, le monde des mobiles.

Ses représentations sont de surcroît réellement novatrices car il ne s’agit pas de « cirque » seulement, ce serait limiter l’univers de Calder, l’enfermer.

Il faut le mettre en perspective, lui donner l’ampleur qu’il mérite : il s’agit bien de performances artistiques, d’happenings, où l’improvisation a toute sa place pour ces sculptures en mouvement.

La projection du film de J.Painlevé sur le cirque de Calder se situait au début de l’exposition et la foule se massait pour regarder, le cirque en mouvement, ces représentations, ces répétitions…

Le cirque de Calder, installé un peu plus loin, derrière des vitres, ce cirque endormi, en inertie, n’attirait presque personne.

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Une réflexion au sujet de « Calder : du cirque aux mobiles et stabiles »

  1. Ce que j’aime dans vos articles, c’est que je me rappelle souvent des visites, des expos et des coups de coeur.
    J’ai adoré la magie du cirque de Calder. Heureusement que nous avions les videos, effectivement, sans elles, l’expo aurait perdu une bonne partie de son sens.

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