Au Jardin des Tuileries – (1)

J’ai revu M.A., vendredi, tant je souffrais, en pensant aux hommes que j’avais perdus.

Ma douleur est personnelle (personnelle car elle maximise la distance avec l’autre, & du coup, l’anéantit avec moi-même). Ce type de douleur mentale colle à la peau, surpasse la douleur physique, au point que, le désir de disparaître génère un certain confort, voire le plaisir de devenir personne.

M.A. est sorti de ses gonds, lorsque je lui ai dit que j’avais décidé de mettre un point final à ma vie de femme, et lorsque j’ai employé les termes écrits dans « les miroirs » et « les labyrinthes ».

Un être humain n’est pas une « ordure », m’a-t-il répété au moins 20 fois. Vous vous dévalorisez trop.

Puis M.A.  a commis un lapsus :  Lui aussi a été blessé, par des femmes qui ne voulaient pas de lui. Il a corrigé « le pas » en « plus ».

Il me dit que ma vie de femme n’est pas finie. Qu’il me faut retrouver un homme, des hommes. Et il insiste : « Et ne cherchez pas un artiste, un fou ; vous avez vu ce que cela a donné. Trouvez un juste milieu ! »

M.A. continue de me tancer : « Sortez pour cela, au lieu de rester terrée chez vous. Au lieu d’écouter, lors de vos insomnies, les conférences de l’ENS ou du Collège de France, allez y « physiquement », pour qu’un homme vous y remarque, ou l’inverse. »

Il termine, dépité : « De toute les façons, ce que je vous dis, ne compte pas pour vous ; Vous vous en fichez ».

Je rétorque d’une voix monocorde :

Je préfère être seule que souffrir ; je ne veux pas du « milieu ».

Je ne ne vais tout de même pas aller passer mes week-ends, assise à lire chez WH Smith et à la librairie La Hune ? Il est impossible que ce double accident se « re-produise ».

Je n’irai certainement pas à l’ENS ou au Collège de France. Si j’y allais, ce serait pour écouter et pas regarder le public, trouver un homme. Je ne suis pas, à ce point, désespérée.

Les hommes n’y verront pas « mon corps soi disant musclé, mon ventre soi disant plat, ma peau soi disant douce » ; ils regarderont instinctivement les jeunes femmes. Ce sont elles qui les captiveront ; Ces endroits regorgent de jeunes femmes.  Je n’existerai pour aucun homme, si j’y vais.

J’ai terminé en parlant fort  :  » Vous ne pouvez pas dire le contraire ; vous voulez que je me sente humiliée une fois de plus ? Je ne vois pas de solution à mon enfer, si ce n’est de renoncer aux hommes. »

M.A m’a interrompue : je serai absent la semaine prochaine. Je vous vois le 18.

Textes protégés par Copyright : 2010-2011 © Swimming in the Space