Bleu piscine – des icebergs aux peintres des bleus

Sans m’en rendre compte, j’ai écrit « Antarctique en voilier, sur les traces de Charcot », sans mentionner une des choses qui m’avait fascinée et que j’avais oubliée de narrer : les piscines nichées dans les icebergs !

Chacun des équipiers recherchait des icebergs aux formes étranges. Je recherchais une arche naturelle, accidentelle, un arc de triomphe.

Ma joie a été folle lorsque j’ai pu grimper sur cet iceberg qui fondait, fondait ; je craignais que l’arche ne se rompe.

Les bleus de la piscine m’attiraient : j’aurais voulu plonger dans ce grand bleu ! je repensais à la scène du grand Bleu de L.Besson qui est filmé dans les Andes, là où Jean-Marc Barr nage contre la couche de glace recouvrant un lac …

J’aurais bien fait ce plongeon fou !

Je me suis raisonnée …

La couleur de l’eau des glaciers et des icebergs englobait toute la palette des bleus ! Jamais je n’aurai vu autant de bleus, une telle palette, variation de bleus : le bleu du ciel, de la glace, de la mer ….. sauf le bleu nuit puisque la nuit était abolie, tout comme le temps.

*****

Tout cela formait une palette qui aurait pu inspirer, les peintres du bleu, tant les nuances étaient riches : je pense instinctivement à Picasso, Matisse, Klein, Rothko, de Staël, Soulages, …. Par moments, de longs moments, je ne voyais plus le paysage, mais me promenais dans un musée imaginaire, en pensant à André Malraux. Mais c’était mon musée à moi, que je construisais dans ces paysages de bleus et de gris

Mon monde était bleu, bleu gris…, bleu silencieux comme la danse devrait-être : mouvements sans bruit, comme m’inspire ce tableau de Matisse.

Mon monde était  bleu heureux, comme ce bleu Klein

Combien de fois aurais-je vu ces bleus mystérieux dans ces icebergs, dans ces piscines.

Ce tableau de Picasso montre à mes yeux ce qu’il y a de plus beau, ce qui me touche le plus, dans sa période bleue.

Le Peintre a le génie de mettre en exergue la douleur, l’extrême solitude des personnages, leur fatalisme, les traits allongés, épurés, qui s’étirent comme dans les tableaux du Greco

Et puis quand le soleil se cachait si rapidement, que le ciel devenait gris plomb, tout comme la mer, les glaciers deviennent blanc bleus.

Je restais alors, les yeux perdus fixant l’horizon, devant le fort carré d’Antibes, de Nicolas de Staël, me demandant si, comme lui, j’allais me jeter dans le vide, dans cette mer glacée, vers le fond de la mer, et me perdre, m’y noyer pour l’éternité, tant ce tableau était beau, m’invitait à me jeter dans la toile, dans son coeur. Le froid m’engourdissait déjà.

J’ai ce souvenir, quand, au retour, nous avons vu cette nuit australe si courte pour la première fois. Cette nuit était courte mais son bleu, profond ;

Dans ce bleu nuit, si pur, avec des étoiles scintillantes,  la mer silencieusement houleuse réverbérait la pleine lune argentée, nous donnant l’impression de naviguer sur une mer argentée, argentine …
Ce bleu nuit était tel un bleu Rothko

ou un bleu, avec du noir, un bleu outrenoir, comme seul Soulages les imagine.

Textes protégés par Copyright : 2010-2011 © Swimming in the Space