Langue, mots et bout du monde

En ce week-end solitaire, fait de solitude, je me décide à prendre trois livres, pour réfléchir à ce que va devenir cet espace d’écriture : un désert, un territoire fertile ou rare ?

Plus simplement : comment avancer, comment continuer, sans faire de compromis, sans vendre sa peau au diable ?

Trois citations, impressions sur la langue, les mots, l’écriture, la lecture :

1/ Claude Simon, Album d’un amateur (Editions Remagen-Rolandseck), 1988, p. 31

… les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l’espace mesurable.

2/ Richard Millet, Place des Pensées, sur Maurice Blanchot (Editions Gallimard) : page 41

« Ecrire demande le silence et la nuit, ou ce qu’il y a de nocturne dans le jour et ce diurne, l’éclat qui se révèle silence, le silence en tant que nuit absolue, où la nuit se découvre nuit, s’apparaît à elle même en tant qu’irruption du nocturne en plein jour et réfutation de toute autre lumière que celle-ci, dans l’écriture naît de cet au-delà du nocturne qui est encore ténèbre, l’espace neutre du dehors : le grand récit de l’origine, l’effroi de ce qui est sans trace. »

3/ Jorge Luis Borges  : Prologue à la 1ère édition de « L’histoire de l’infamie » (Editions du Rocher) :

« Je pense parfois que les bons lecteurs sont des oiseaux rares, encore plus ténébreux et singuliers que les bons auteurs. (…). Lire est, pour le moment,  un acte postérieur à celui d’écrire ; plus résigné, plus courtois, plus intellectuel. »

Trois photos sur le bout du monde, là où Google earth ne montre rien ou si peu, avec un niveau de granularité bien moindre qu’ailleurs : n’est ce pas cela la beauté du monde, n’exister que pour le singulier et non pour la masse ?

1/ New Zealand, Nouvelle Zélande, décembre 1993 ; pays aux paysages âpres, rugueux

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2/ Galapagos : Autre bout du monde, fantastiques îles où les espèces ont évolué, pour s’adapter à leur environnement. Ces iguanes marins, ont la peau gris-noire comme le sol, la lave séchée de l’île volcanique de « Fernandina » où ils ont trouvé refuge.


3/ Antarctique, Terre de Graham, iceberg improbable, que je trouve, ressemblant à un hérisson.

Tous ces icebergs improbables, qui se détachent de cette banquise, pour voguer au hasard des courants, me montrent la fragilité de la vie, du monde, où tout me semble être dans un équilibre, se remettant sans cesse en question.

Cet équilibre est au bord du vide, du gouffre.  

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