L’envers du décor à Hong Kong

C’est le titre d’une photo que je n’ai pas vue.

Instinctivement, ce qui me vient à l’esprit est abstrait, idéel, ne se représente pas par une photo. Il faut que je trouve autre chose. Mon moral n’est pas au beau fixe, en ce dimanche 6 mars.

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Je suis en Asie, à Hong-Kong. Après six mois à Singapour, me voici au terme des six mois passés à Hong Kong.  Nous sommes en avril 1994.

Je serai restée un an à l’hôtel … Mon hôtel, le Grand Hyatt situé à Wanchai, avait une vue plongeante sur le port de Hong-Kong. Je n’aurai pas une seule fois fermé les rideaux de mon immense baie vitrée. Un décor de rêve ! Le matin à 6 heures, je me promenais et voyais quelques chinois faire leurs exercices de gymnastique, d’autres du Tai Chi.

Deux époques semblaient rentrer en collision.

Voilà pour l’endroit du décor, planté au coeur de ce texte ! Des buildings flambant neufs sur l’île Victoria. Le luxe semble être partout, est envahissant : il est possible de parcourir la ville de mall en mall, d’escalier roulant en escalier roulant.

Les gratte-ciel rivalisent de créativité quant à leur architecture, et aussi, se battent en duel pour atteindre ces sommets, le ciel.

Je ne me lassais pas de regarder depuis ma chambre du 30ème étage, l’animation du port de cette ville. J’avais de surcroît une vue imprenable sur l’aéroport. J’avais vu durant mon séjour, le crash de cet avion de China Airlines. Cet avion flottait dans cette baie.

L’atterrissage était fascinant sur  Kai Tak (nom de l’ancien aéroport de Hong-Kong) : l’avion approchait … et au dernier moment alors qu’il volait au dessus de ces immeubles rongés par l’humidité, alors qu’il les touchaient presque des ailes, l’avion effectuait un virage à 45 degrés et là pour le coup, les ailes frôlaient les immeubles, et j’imaginais les habitations trembler, les habitants souffrir de ce bruit incessant … moi depuis ma tour d’ivoire, je voyais les avions atterrir et décoller toutes les 2 à 3 minutes !

Combien de fois ai-je atterri à Kai Tak ? Je m’évadais tous les week-end, soit en Chine, Taipeh, voire aux Philippines….Un de mes moments préférés était d’atterrir ou de décoller depuis cet aéroport… de voir les lumières de cette mégapole depuis le ciel, comme je les regarde là, en ce moment précis, depuis Google Earth.

Mon plus beau souvenir aura été ce vol Aller / Retour, en Concorde, depuis et vers Londres.

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Je vivais l’envers du décor, le soir, la nuit, lorsque je prenais le ferry, que je traversais le port pour rejoindre Kowloon.


Depuis le ferry, j’avais une vue imprenable sur tous ces immeubles modernes décorés pour la fête de Noël, sur l’île Victoria.

J’allais marcher, me perdre, déambuler dans Kowloon ; Après avoir dépassé la mosquée dans l’artère centrale – cette mosquée m’aura toujours étonnée à Hong Kong, tant je m’attendais à trouver des temples bouddhistes-  je m’engouffrais dans les ruelles étroites, sales, envahies de monde ; le sol était jonché de crachas, de détritus.

Je me demandais comment les Hong-Kongais faisaient pour vivre dans des appartements aussi petits, insalubres, lugubres.

Les façades des immeubles étaient grises, ravagées par l’humidité qui semblait tout anéantir, dévorer. L’arrière des immeubles étaient encore pire.

Beaucoup d’immeubles délabrés étaient détruits. Je voyais poindre alors des échafaudages en bambou, derrière lesquelles, seraient construits des immeubles dont la façade serait recouverte de carrelage… blanc, pour tenter de juguler le temps, l’humidité, les moussons. Ces carrelages que je retrouvais partout en chine, où les villes poussaient comme des champignons.

Je déambulais dans le Hong Kong de « Chungking Express » de Wong Kar Wai, que j’ai adoré, car tourné lorsque j’étais à Hong Kong mais surtout car il m’évoquait exactement l’envers du décor, mes promenades dans Kowloon, les marchés de nuit, l’odeur ignoble de ce fruit tant prisé par les chinois, le durian, l’odeur de vapeur du poulet en train de cuire qui me donnait envie de vomir, les canards laqués exposés dont la vue me révulsait, la saleté de cette ville qui ne savait pas trouver le répit, une seule minute. L’animation y régnait 24 heures sur 24.

J’avais aussi beaucoup aimé « In the mood for love », à cause de la vision de la vie à Hong-Kong dans les années 60, que ce film m’offrait. L’intimité ne semblait pas exister, la promiscuité régnait. L’histoire d’adultère m’avait semblé anecdotique.

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Je me rappelle aussi avoir accompagné un couple d’amis, à leur hôtel à Kowloon, dans cet envers du décor : Le climatiseur avait été coupé toute la journée, par souci d’économie. Nous étions en avril. La mousson, ses pluies, et ses vents forts avaient débuté de bonne heure cette année là.

Lorsque je suis rentrée dans leur chambre, l’eau suintait partout, sur les murs, le plafond, … L’impression d’oppression, était démultipliée par le fait que la chambre n’avait pas de fenêtre !

Le miroir de la salle de bains était embué. Les poignées des portes humides. Le papier des murs se décollait comme je l’aurai vu quelques années plus tard dans Barton Fink.

J’ai réussi à les faire changer de chambre, en bluffant le patron de quelques phrases en chinois.

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Alors que j’allais régulièrement à Hong-Kong, jusqu’en 1997, année de la rétrocession de la ville à la Chine, je n’y suis retournée ensuite qu’en 2003 et 2004.

Déjà en 1997, j’avais été terriblement déçue de voir mon hôtel, avoir perdu sa vue plongeante sur le port. La politique de « poldérisation » a toujours battu son plein; ce territoire vivait en expansion, en gagnait des mètres carrés sur la mer ! : Le Convention Center barre désormais la vue du port depuis le Grand Hyatt Hôtel de Wanchai.

En 2003, j’avais trouvé la ville terriblement changée. A chaque fois, je n’y étais restée que quelques jours.

L’aéroport « Chek Lap Kok » était situé sur l’île de Lantau, relié à HK par une infrastructure étonnante. La ville plus chinoise que jamais, avait perdu de son éclat face à Shanghai la rivale.

Je n’avais pas voulu trop sortir dans Kowloon, de crainte de perdre le souvenir de cet Hong Kong, que j’avais aimé, qui était désormais révolu, qui n’existait plus tel que je l’avais connu.

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