Isola di Stromboli

Stromboli, terra di Dio

J’adore atterrir à Naples en fin d’après midi et rejoindre le port pour sauter dans le ferry qui se rend dans les îles éoliennes.

Il reste toujours des cabines single disponibles. Je dors à poings fermés jusqu’à ce que le veilleur de nuit me réveille peu avant l’arrivée à l’île de Stromboli avant l’aube, à la toute première escale

Dans l’obscurité, puis la lumière du petit matin, je peux toujours distinguer la silhouette épurée, celle du cône parfait du volcan.

Il fait frais à 5h30 ; l’expresso et le croissant italien me font du bien. Des gens dorment à même le sol des coursives.

Le volcan est calme ; j’arrive à entendre tout juste une petite explosion ou deux, et apercevoir le rougeoiement de la lave sur la « Sciara del fuoco » avec son panache de fumée, rendu rose par le soleil qui se lève.

Je me retrouve seule sur le port. Les cafés trattoria sont encore fermés. Le village s’étire en longueur le long du port et des plages de sable noir. Je suis toujours frappée par l’absence de voitures, l’odeur des figuiers. Je monte doucement sur la place du village, en longeant les ruelles étroites parsemées de petites maisons de pêcheurs.

Après la place du village où enfin je peux me réchauffer avec un petit déjeuner, je continue la rue principale et passe devant la petite maison rose où ont vécu Ingrid bergman et Roberto Rossellini durant le tournage de Stromboli

Puis, je cherche un hôtel en me perdant dans les ruelles de cette île où la terre brûle, où le soleil estival brûle, où les habitants semblent vivre avec si peu, dans l’austérité, à l’image du paysage lunaire du volcan.

J’ai enfin trouvé un hôtel discret qui me convient pour cette semaine où je vais me « retirer » du monde, admirer la beauté des fonds marins, faire glisser  le sable noir si fin  entre mes mains ; ce sable si noir, si raffiné, si troublant, provenant des entrailles de la terre.

Allais-je vivre un enfer comme le vit Ingrid Bergman dans Stromboli  ?

Non bien sûr car mon séjour est borné dans le temps. Il m’aurait été difficile de vivre dans un espace vital aussi limité plus longtemps. Je n’ai finalement que peu côtoyé les habitants, même si j’ai pu voir des personnes qui ressemblaient à ces pêcheurs du film de Rossellini, à ces femmes, tout de noir vêtues.

Bien sûr, ces habitants ont un mode de vie marqué par le volcan, par cette terre âpre, austère, faite de si peu, donc des habitants qui vivent d’une certaine manière comme des animaux, avec l’essentiel, le strict nécessaire, avec parcimonie.

Ingrid Bergman joue à la perfection la justesse du ton. Mais regardez là tout de blanc vêtue et si belle, raffinée de simplicité, à l’extrême opposé de ces femmes en noire. L’incommunication, l’incompréhension, le rejet ne peuvent être qu’entiers.

Rossellini fait ressortir la beauté naturelle, sauvage, austère, volcanique d’ingrid Bergman dans ce film :

Comment échapper à cela, comment s’évader si ce n’est par la foi ou par la pêche ? D’ailleurs, ne va-t-elle pas se résigner dans la foi ?

Regardez comme tout distancie ces époux, y compris leur regards fixant des lignes d’horizon opposées. I.Bergman est presque mystique sur l’image ci-dessous :

J’aime la lenteur de ce film à l’image de la lenteur du mode de vie des gens.

J’aime la lenteur des prises de vue du volcan où Rossellini nous montre cette terre noire, des fumerolles et des rochers, ponctuées par quelques apparitions d’Ingrid Bergman tentant de fuir, s’en remettant à Dieu !

J’aime cette île volcanique, à l’image de la force avec laquelle I.Bergman refuse sa condition de prisonnière.

Moi, j’étais venue avec mes livres, et si peu de temps, une semaine ; j’ai adoré la lenteur, l’isolement de cette île ; j’ai été captivée par ce volcan, j’ai aimé me rapprocher de son cône, le grimper de nuit, parcourir ces paysages lunaires avec les guides du village, sentir l’odeur de soufre, voir ces jaillissements de lave.

C’était tout le contraire de ce que vivait Ingrid Bergman dans ce film : l’enfermement, la prison, l’anéantissement de sa personne, le fossé chaque jour de plus en plus grand qui la sépare de son mari, des habitants de cette île.

Mais sans ces voyages à Stromboli, jamais je n’aurais approché le film de si près ; à moins que ce ne soit le film de Rossellini qui m’ait permis d’apprécier l’austérité de cette île.

Quoi qu’il en soit, cette île et ce film ne m’auront pas laissée indemne.

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