Antarctique en voilier – Sur les traces de Charcot

Voyage au sud du sud

Ligne d’horizon grise, un homme à la mer : Lu par un marin, ces quelques mots laissent une empreinte de gravité :

Quoi de pire qu’un homme à la mer, si ce n’est le feu au voilier, véritable malédiction ou pire des lapins dans un bateau (nom à ne jamais prononcer, nom proscrit lorsqu’on est en mer) !

La couleur bleue sombre de la mer, près de la terre de Graham, au bout du monde, de l’autre côté de la terre, m’a toujours fait penser à la couleur de l’encre. J’aime imaginer la mer comme un réservoir inépuisable de lecture et d’écriture.

Photo Carole DARCHY - Péninsule Antarctique, Janvier 1991 - REPRODUCTION INTERDITE

Photo Carole DARCHY – Péninsule Antarctique, Janvier 1991 – REPRODUCTION INTERDITE

Les creux des vagues dans les quarantièmes rugissants, les cinquantièmes hurlants , ou les soixantièmes sifflants sont tels, non pas des murs, mais des falaises à pic.

Lorsque je navigue, j’aime la solitude de la table à cartes, avec tous ses outils de mesure & surtout ses cartes marines, avec leurs “carrés” blancs à écrire pour les régions du bout du monde.

Le lieu du service, la table à manger, porte aussi le nom de “carré”.  Je lis, écris ou lie ce carré blanc aux carrés de chocolat noir de la Maison du Chocolat et aux ganaches portant les noms des villes d’Amérique du sud.

Mais revenons à l’antarctique, car je veux avoir une pensée  pour Jean-Baptiste Charcot, qui a mené deux expéditions en 1905 et 1909 avec le Français, puis le Pourquoi-pas.

Il a effectué des relevés topographiques, donné le nom à des îles, petites ou grandes, à des détroits ! l’île Pléneau, l’île Marguerite, le détroit de Lemaire, et tant d’autres…

Photo Carole DARCHY - Péninsule Antarctique, Janvier 1991 - REPRODUCTION INTERDITE

Photo Carole DARCHY – Péninsule Antarctique, Ile de Pléneau -Janvier 1991 – REPRODUCTION INTERDITE

Voici la petite ile Pléneau, ci dessus, qui surgit de la mer, telle une calotte. Notre voilier est tellement petit qu’il est à peine visible sur cette photo. Les paysages sont grandioses ; A perte de vue, s’offre à nous un paysage d’icebergs qui ont la taille de cathédrales. Que se cache-t-il sous l’eau ?

Le temps était plus sombre, à l’approche du détroit de Lemaire, le silence règne. Dès que quelqu’un parle, sa voix dégage un écho si troublant, que j’ai compris que nous sommes réellement au bout du monde, qu’il n’y aura pas de voyage plus loin que ce bout du monde :

Photo Carole DARCHY - Péninsule Antarctique, Détroit de Lemaire -Janvier 1991 - REPRODUCTION INTERDITE

Photo Carole DARCHY – Péninsule Antarctique, Détroit de Lemaire -Janvier 1991 – REPRODUCTION INTERDITE

Il est un endroit où j’ai eu envie de mourir en cette année 1991, au bout du monde : Dorian Bay !

Photo Carole DARCHY - Péninsule Antarctique,  DORIAN BAY -Janvier 1991 - REPRODUCTION INTERDITE

Photo Carole DARCHY – Péninsule Antarctique, DORIAN BAY -Janvier 1991 – REPRODUCTION INTERDITE

Devant tant de pureté, la découpe parfaite, à flanc de falaise, de cette baie improbable, le paysage plus que sublime, divin, j’avais eu l’ idée, puis l’envie de ne plus m’arrêter, en ski de randonnée, et de continuer là où la pente ne pourrait plus me retenir, et, peut-être, tomber dans un crevasse, ou rejoindre la mer pour l’éternité. Cette mer dont une fine pellicule de glace pouvait se reformer en l’espace d’une petite demi-heure ; tant le temps change à une rapidité fulgurante ! Je me suis ravisée, me disant que j’aurais à découvrir tant d’autres choses !

Quoi qu’il en soit, je me rappellerai toujours à quel point vivre sans nuit m’aura déstabilisée, à quel point l’absence de la couleur verte m’aura manquée, à quel point mon sommeil aura été serein et à la fois décalé dans cet “hors du temps”.

Je me souviens de la capacité de notre corps à s’habituer à de très basses températures (entre 0 et 1 degré celsius au mieux). Notre capacité d’adaptation m’aura étonnée.

Je n’oublierai pas les hordes d’animaux sauvages : manchots, orques, baleines, lions, éléphants & léopard de mer, skuas, damiers du cap, albatros géant au vol si impressionnant…

Je me souviendrai toujours de la pureté absolue de ces paysages  : Qu’en est il maintenant ? Tous ces glaciers ont certainement reculé ; je suis heureuse d’avoir saisi cette opportunité d’aller de l’autre côté de la terre, la tête à l’envers, à la renverse lorsque je regarde une mappemonde !

J’élis tous ces explorateurs, qui sont allés vers l’inconnu au risque de leur vie.

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2 thoughts on “Antarctique en voilier – Sur les traces de Charcot

  1. J’ai eu l’occasion il y a une année de rencontrer la descendante de Julien Crozet, et de recevoir l’histoire de son ancêtre, vue du côté familial… le temps des derniers grands explorateurs… .
    Merci de Votre article, dans la même veine.
    Jm

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