La Villa Malaparte – (2)

ou une méditation sur la beauté du monde

La Villa Malaparte, fait partie des quelques endroits au monde, où j’aimerais aller avec un homme, et où mourir ne me ferait pas peur, exactement comme la « Terrasse de l’infini » à Ravello, non loin de Capri.

Cet endroit me transporte, me fait rêver, à cause de :

  • celles de la villa, ce rouge légèrement rosé, que l’on voit poindre de loin, lorsqu’on arrive à pied, par le sentier depuis la terre
  • 700 marches qu’il faut grimper et descendre pour s’en approcher au plus près : Elle se mérite,
  • la forme de son escalier qui à mes yeux a une découpe parfaite, pure : un escalier à la beauté parfaite,
  • l’architecture de la villa, ses proportions équilibrées,
  • ses larges baies vitrées,
  • la « virgule », cette ponctuation,  plantée sur le toit-terrasse,
  • des scènes du Film le Mépris, qui y sont tournées.

Tout cela confère à la Villa Malaparte quelque chose d’inaccessible et donc suscite le désir !

J’adore le film de Godard, le Mépris. Il  comporte une des plus belles scènes du cinéma, empreinte d’érotisme – mise à part peut-être la scène culte de la Dolce Vita, où dans la fontaine de Trevi,  Marcello Mastroianni et Anita Ekberg  s’embrassent, sans que ne se touchent leurs lèvres-.

Dans le Mépris, je trouve cette scène avec des jeux d’ombre, envoûtante. B.Bardot prend tout son temps en énumérant les parties de son corps. M.Piccoli, un peu absent ou rêveur, dont les mains sont splendides, n’a que de courtes réponses : « oui », « très ».

J’adore la réplique finale de cette scène où  M.Piccoli dit :

« Je t’aime totalement, tendrement, tragiquement »,

ce qui préfigure, en quelque sorte,  le drame qui va se nouer au fil du film et à sa fin.

*****

Cette Villa Malaparte, si belle, si spéciale à mes yeux, est inaccessible au Public ; elle m’est donc inaccessible. Je la désire, je tends désespérément ma main, pour tenter de l’atteindre, en sachant que je ne pourrais jamais y arriver : c’est un peu le pays où l’on n’arrive jamais !

Pour y séjourner, il faut avoir un projet d’étude d’architecture ou de cinéma, dûment accepté par une fondation à « Firenze ». Les critères de sélection sont féroces et les dossiers doivent être vraiment solides.

Donc, il faut accepter de la rêver seulement, d’y séjourner en rêve, ou de s’approcher du rêve, comme je l’ai fait, en séjournant à l’hôtel Punta Tragara, qui se situe à une centaine de mètres de la Villa Malaparte, et de m’approcher au plus près de la Villa sur ce sentier du plaisir, en enjambant le panneau « Défense d’entrer », en m’enfonçant dans ce sentier en friche, non entretenu, ce qui à mes yeux, le rend encore plus beau, plus sauvage.

Dans la solitude qui m’accompagnait, j’aurai relu La Peau plusieurs fois, pour rêver devant ce paysage, pour m’en approcher au plus près, pour le graver, l’imprimer dans ma mémoire, sans qu’il ne se déforme.

Je rêve d’y retourner éternellement, et de m’y retourner avec un homme.

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