Pour Reinhoud (d’Haese)

En écrivant ce texte, j’ai fait un chemin à rebours dans le passé ; cela a été un moment enchanté.

Je souhaitais écrire, graver, imprimer à Reinhoud, toute ma reconnaissance, mon émotion la plus sincère, pour tout ce qu’il m’a apporté en me faisant découvrir son monde.

Il a ouvert les portes, à l’enfant que j’étais, du monde artistique. Il m’a délicatement mise sur ce chemin, avec son sourire généreux dont je me rappellerai toujours. Je suis sûre, que depuis le ciel, il regarde évoluer ma collection avec attention et bienveillance.

Je ne sais si c’est mon scaphandre (celui de mon grand-père) qui a inspiré Reinhoud,

ou si c’est moi qui pense à mon scaphandre, lorsque je regarde ma petite lithographie de Reinhoud.

L’artiste me l’avait offerte lorsque je suis partie à Paris faire mes études. Je pense, je suppose que c’est Biel Genty qui l’a gravée.

Je ne sais pourquoi, mais je préfère penser, que je retrouve le scaphandre de mon grand-père, dans sa petite estampe
Et qu’il s’agit d’un accident… , d’un pur accident de dessin.

Son oeuvre est un vrai bestiaire ! Regardez ma petite estampe : c’est un adorable monstre avec des boucles d’oreille, en forme de 5, avec deux yeux sur des fesses rebondies; les pieds vont à rebours, à l’envers … Voilà l’imaginaire de Reinhoud, qui se joue de nous !

Oui, car ma petite estampe, contrairement « aux lapons en goguette » est un dessin et n’est pas faite d’assemblage de plaques en cuivre.

Je joins ci-dessous une lithographie qui ressemble beaucoup à mes « Lapons en goguette » : vous y verrez parfaitement ce travail d’assemblage ! Les soudures des différentes plaques se voient très clairement.

Il fallait voir travailler Reinhoud ! D’abord et avant tout sculpteur, il récupérait les déchets de cuivre de toutes les formes. Avec cela, il composait des êtres imaginaires, impossibles, étranges en assemblant ces morceaux de cuivre, en travaillant ces plaques de cuivre, repoussées au marteau. Les traces du marteau se voient parfaitement.

Reinhoud (d’Haese) a fait partie du Groupe CoBrA (Copenhague, Bruxelles, Amsterdam) et une profonde et sincère amitié est née avec P.Alechinsky.

Reinhoud était un sacré personnage. Je me le rappelle immense, solide, fort. Il marchait en claudiquant légèrement.

Il avait marqué l’enfant que j’étais.

Le personnage était d’une délicatesse et d’une gentillesse hors norme. Aller voir chez lui ses sculptures en métal, en mie de pain, ses estampes me ravissait. Il parlait avec économie, retenue, mais avait toujours un sourire et des yeux rieurs.

Je sais que là haut, il continue de sculpter et de ravir les anges !

Après être partie à Paris, je ne l’ai revu qu’une fois, au vernissage d’une de ses expositions à la Galerie La Hune, rue de l’Abbaye, à St Germain des Prés.

Je ne manquerai pas d’acheter un exemplaire numéroté de « Rein » aux Editions Fata Morgana, de P.Alechinky, en hommage à Reinhoud.

Fin 2010 – début 2011, une exposition rétrospective lui a été consacrée aux Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, avec des oeuvres sculptées et des dessins depuis les années 1960 jusqu’aux années 2000.

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Pour terminer, je voudrais avoir une pensée pour mon grand-père, qui m’a offert son scaphandre auquel il tenait tant. Il plongeait avec en mer de Corée. Même s’il aimait l’aventure, l’ailleurs, il fallait du courage, beaucoup de courage pour faire ces voyages lointains et sous-marins. Ce scaphandre qui a l’air solide, est en fait d’une grande fragilité. D’une certaine manière, par atavisme, il m’a donné le goût des voyages atypiques.

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