The River (C.Sandison) – Musée du quai Branly

Visite au Musée du Quai Branly.

Une oeuvre d’art numérique installée sur la rampe d’accès aux collections et aux expositions temporaires, m’arrête, me stupéfait : « The River » de Charles Sandison. J’étais venue au musée au mois de Juillet. Il était impossible que je ne l’aie pas remarquée.

Pourtant elle était installée depuis mars 2010.

Par cette rampe, le visiteur accède aux différents « plateaux » des collections ;  tout le long de cette rampe, une rivière, un flux, un flot de mots viennent à contre courant. J’ai vraiment la sensation visuelle d’une rivière ; une rivière chargée de mots, avec des courants, court, coule, s’écoule tel le temps

Je me suis immergée dans le flot de ces mots en mouvement, qui sont projetés à des « rythmes et condensations variables ».

15 597 mots, noms de tous les peuples et sites géographiques des collections du musée viennent ainsi à la rencontre du flux des visiteurs.

En montant cette rampe, instinctivement, le visiteur tente de marcher sur ces mots, des mots blancs, noirs, ou rouges. Certains noms sont fixes, d’autres balayent le sol, et avancent, se déversent. Cette installation numérique m’a fait rêver, m’a plongée dans l’imaginaire de tous ces pays, ces sites.

« L’installation est animée par un logiciel combinant le langage et les cycles hydrologiques, mixant des techniques de simulation destinées à la création d’une vie artificielle et à l’illustration des lois de la physique. »

J’essaie de faire le lien entre certains de ces mots, qui reflètent la diversité de ce monde, se répètent, s’entrelacent, se distancent, se rapprochent. Quel lien faire entre eux ?

Cette rivière  de mots est en parfaite adéquation avec la philosophie du Musée qui tente de rapprocher, mettre en perspective les oeuvres de pays, de géographies, très éloignés les uns des autres.

Si les collections permanentes sont divisées en territoires géographiques différents, les frontières physiques au sein de musée sont moins tangibles. J’ai été transportée en l’espace de quelques minutes de la côte d’Ivoire à l’Australie ou l’Alaska.

Tous ces signes qui renfermeraient l’intégralité des mots de ce musée, tel un « thésaurus » courent, telle l’eau, en suivant le tracé de cette rampe, en s’adaptant à son terrain, sa géographie.

« Le langage fonctionne de la même façon, à la fois médium et message. Les idées s’écoulent comme les mots dans le temps et l’espace, se matérialisant momentanément en événements et en objets fugitivement imprégnés d’une signification particulière. Puis, à l’instar de l’eau, cette signification s’efface peu à peu pour revenir se fondre dans le fleuve de la vie et de la mort humaine. On peut ainsi observer l’histoire humaine non pas en y recherchant des signification particulières, mais en contemplant plutôt les canaux et les canyons inscrits à sa surface, gravés par le flot du langage. » (Charles Sansidon)

Les expositions temporaires peuvent aborder des thématiques avec un autre axe que celui de la géographie, ou de la chronologie. Ainsi « la Fabrique des images », exposition extrêmement ambitieuse, tente de mettre en perspective des oeuvres selon un prisme se décomposant en : le totémisme, le naturalisme, l’animisme et l’analogisme.

J’aurais souhaité approfondir cette exposition, que j’ai trouvée à la fois très ambitieuse, et qui m’a laissée un peu sur ma faim. Mais l’ayant visitée à la fin, au terme de ma visite, j’ai conscience d’être passée trop vite. Il faudra donc y retourner et s’arrêter davantage car toute étude transversale, ou orthogonale, avec un prisme qui s’éloigne de celui pris habituellement mérite de prendre le temps, de s’y investir.

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