Les Variations Diabelli

Je ne peux dire que j’apprécie, j’aime la musique. Je ne suis ni musicienne, ni mélomane.

Je ne sais pas lire ce langage, fait de notes, donc de mots.

Seules me captivent les « variations » que m’apportent ces airs qui vont, qui viennent, s’éloignent d’un pas, pour revenir, se décaler : Ainsi, puis-je écouter à l’infini les Goldberg Variations de Bach. Mais en cette saison hiémale, ce sont les Variations DIABELLI que j’écoute en boucle, à l’infini.

Elles portent déjà un nom fascinant, envoûtant et un rythme entraînant qui aspirent littéralement celui qui les écoute, dans la folie, le vertige.

Toute la nuit, j’avais écouté les variations Diabelli de Beethoven. J’en aimais le caractère abstrait que j’y lisais plus qu’entendais !

Je les imagine qui s’écrivent sous mes yeux, sur le papier ? Je les vois avancer comme des mots qui défilent, s’entrefilent, passent par le chas d’une aiguille en provoquant une vibration infime dans l’air contre le métal, tel un minuscule diapason !

Oui, cette musique est faite de notes, donc de mots.

Mais où est le dictionnaire de ce langage étrange. N’en disposant pas, je ne pouvais qu’imaginer !

Il n’y avait pas d’affect dans cette musique, aucun sentiment.

Elle est suspendue dans une histoire en devenir. Elle est répétitive, mais se démarque légèrement en revenant, par sa variation.

Cette musique a sa propre géographie, sa cartographie, sa latitude, son monde. Je suis chez moi, je sors de chez moi, j’y retourne. Je suis en plein délire géographique.

Cette musique n’est-elle pas un chant ou un champ d’écriture ? Elle prend de la distance, par rapport au thème initial, qui varie subtilement puis bifurque tel un sentier.

La mémoire la retrouve par fragment; ou est-elle la mémoire qui se déforme, en venant, refaisant surface ? ou cette musique n’est-elle que fragmentation du temps ?

Elle coule comme un fleuve ; incarne-t-elle un temps ? Un jour qui succède au précédent ? le cycle d’une vie ?

Je me suis réveillée en silence, avec dans ma tête, la musique des Variations Diabelli. J’étais dans un état au bord de la folie.

Je voyais les lignes de la partition, et en particulier, cette ligne de démarcation, cette frontière qui, si je les franchissais m’aurait conduite dans le territoire du diable !

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Une réflexion au sujet de « Les Variations Diabelli »

  1. J’ai appris la musique au conservatoire avec une méthode selon laquelle il convient d’avoir fait deux ans de solfège avant de commencer à apprendre à jouer de la musique. De sorte que j’ai d’abord considéré, sans en avoir conscience à l’époque, que les notes, je veux dire ces signes avec lesquels on écrit la musique, précédaient la musique elle-même : dans le travail des morceaux par l’interprète ou dans l’esprit du compositeur. Il ne m’est apparu que beaucoup plus tard que, sauf exception, c’est évidemment l’inverse qui se produit : la musique arrive d’abord et elle n’a pas besoin des signes : les notes (écrites sur les partitions) ne font que transcrire dans un langage lisible une musique préalablement conçue.
    La musique est de sons mais n’a besoin des notes que dans la mesure où elles sont « pratiques » : elles figent la musique sur du papier qu’on peut alors transmettre, partager. Les notes sont le mal nécessaire de la transmission de la musique. Mais pour être trop près des notes on passe parfois à côté de la musique : certains, qui ont une oreille très exercée ne peuvent plus écouter la musique sans entendre en même temps que les sons le nom des notes !
    Si les notes fragmentent le temps (sur le papier), la musique, libérée des notes, elle, le révèle dans son essence. Le temps est plus imperceptible encore que le mouvement d’un fleuve, la musique le fait entrevoir… entrentendre.

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