Nouvelle Vague – La Villa Malaparte – (1)

De mon hôtel à flanc de falaise, sur la côte italienne où je grille, le soleil m’a mise Kaputt et je relis à l’ombre la Peau …. plonge, retourne dans la nouvelle vague, ne peux quitter des yeux La Villa dont les traits, la découpe idéale de l’escalier m’enchantent, me comblent.

L’extrait du « Mépris » montre l’architecture parfaite de cette villa.

Je suppose que Godard pensait aussi à l’architecture du corps de Bardot.

Quoi qu’il en soit, vous verrez cet escalier à la découpe superbe, qui monte sur le toit, ainsi que l’intérieur, avec ses baies immenses, ouvrant sur un paysage idyllique.

La villa semble être un plongeoir et la méditerranée est comme une piscine bleue de David Hockney.

Je ne peux m’empêcher de rapporter cette anecdote délicieuse que mentionne Malaparte dans La Peau. Cela en dit long sur la complexité et l’originalité de l’écrivain.

Extrait de La Peau de Curzio Malaparte (pages 247 – 248), Editions Denoël :

« Un jour, à Capri, ma fidèle « House-keeper », Maria, vint m’annoncer qu’un général allemand, accompagné de son aide de camp, était dans le hall, et désirait visiter la maison. …

J’allai donc au-devant du général allemand et je le fis entrer dans ma bibliothèque. C’était le maréchal Rommel. …

Je l’accompagnai d’une pièce à l’autre dans toute la maison, de la bibliothèque à la cave, et lorsque nous revînmes dans l’immense hall aux grandes baies ouvertes sur le plus beau et le plus pur paysage du monde, je lui offris un verre de vin du Vésuve, provenant des vignobles de Pompéi. …

Il but d’un trait, puis, avant de s’en aller, me demanda si j’avais acheté la maison toute faite, ou si je l’avais construite moi-même. Je lui répondis – et ce n’était pas vrai- que j’avais acheté la maison toute faite. Et lui montrant d’un geste lent et large, la paroi à pic de Matromania, les trois gigantesques rochers des Fariglioni, la péninsule de Sorrente, les îles des Sirènes, le bleu, le vert et le pourpre de la côte d’Amalfi, et là-bas, au loin, l’éclat doré du rivage de Paestum, je lui dis :

– Moi, je n’ai dessiné que le paysage. »

Voilà pour une entrée en matière ou le menu de la semaine.

J’étais à l’Hôtel Punta Tragara dont Le Corbusier a conçu la partie la plus ancienne.

Me nourrissant du plat du jour, un carpaccio et de 3 côtes, tombent en cascade, se croisent, le boeuf, la côte, la caverne, la grotte, Lascaux, la matière, le trait, le fil, le motif, la répétition, le plan…

Ils me mènent illico presto, au « Boeuf », à ce premier tableau acheté il y a 20 ans à ce peintre qui faisait (& fait toujours) ses tableaux au hasard des rues de Paris ou des chemins de campagne.

La peinture figurative, ou abstraite, pour moi, se lit comme un livre, avec sa matière, son plan, la composition, l’impression, son exposition. Le cadre délimite le sujet, même si à mon goût, le tableau se prolonge hors du cadre.

Exactement comme un livre, un tableau se lit, laisse une empreinte différente à chaque lecture. Ce sont des espaces ouvrant sur l’imaginaire, des miroirs de la pensée de chacun, auteur, lecteur, spectateur, acteur, autre.

Comme menu pour la rentrée, pour suivre l’ombre du dernier écrivain, après la côte, figure imposée, ne faudrait-il pas idéalement, pourquoi pas, entamer, partager avec lui, une langue de boeuf ?

Figure libre ou de style, …. la langue n’est-elle pas un des plus beaux matériaux du livre ?

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