Les tablettes d’Ebla

Dans mon errance syrienne, cet été, j’étais tombée sur les tablettes en argile d’Ebla, au musée d’Alep. C’était le premier signe qui me ferait par la suite nommer ce voyage « aux origines de l’écriture ».

Seules, quelques unes étaient exposées. Les fouilles ont permis en effet  de mettre au jour une salle d’archives, avec près  de dix-sept mille tablettes  gravées.

Elles dataient de 2300 à 2500 avant JC.

Ecrites en caractères cunéiformes sumériens, elles retracent ce dont on veut se souvenir, ce qui doit être gravé, inscrit pour l’éternité : Eloge des rois, lois, traités, alliances, …

J’en aimais la calligraphie.

Je me suis posée mille questions en les découvrant. A l’époque, les personnes devaient penser dans la durée. Le temps allait alors tout doucement. Dans ce voyage, durant mes vacances, je cherchais justement à ralentir le temps, à prendre tout mon temps.

Combien de tablettes fallait-il graver, pour reproduire les livres qui avaient voyagé avec moi ?

Combien de tablettes fallait-il pour contenir ma bibliothèque parisienne, cette chambre de bonne remplie de livres ?

J’imaginais le vendeur du Monde, que je voyais tous les soirs à la sortie de ma bouche de métro, avec une montagne de tablettes, me tendre une centaine de tablettes pour que je puisse lire le Monde ! Impossible de vendre le Monde à la volée !

Le monde, notre façon de vivre ont été bouleversés en l’espace de quelques décennies ; le temps s’est  accéléré de manière exponentielle.

Notre planète est si petite : Vous savez qu’un chien a été écrasé à Los Angeles, quelques secondes après que ce soit arrivé, avec Twitter … Les gens vivent dans l’instantanéité.

L’information y perd toute sa substance et devient futile, stérile. L’essentiel est noyé dans la masse.

Mais comment noter une idée avant de l’oublier, à l’époque de la splendeur d’Ebla ?

Nous pouvons attraper un papier et un crayon pour jeter l’idée sur le papier, la page blanche. Certains préfèreront la taper sur un ordinateur, ou même sur un smartphone, dès que l’idée jaillit, dans le métro ou en marchant.

Notre manière de penser a du profondément évoluer, se modifier certainement.

Je repensais aussi au livre  « les cavaliers » de Joseph Kessel ; livre qui retrace une épopée à cheval à travers l’Afghanistan, je m’étais délectée de la manière dont Kessel y ralentissait le temps. Se déroulant au XXème siècle, le lecteur (enfin moi!) se croyait au moyen-âge. Le voyage à cheval (Jehol, ce cheval fou), les fortes traditions, les paysages splendides, les scènes de Bouzkachi y sont certainement pour quelque chose. Mais ce livre m’avait frappée par sa lenteur.

J’élis tout ce qui peut ralentir le temps.

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