Palais de Tokyo – Exposition Fresh Hell

Cette année, le Palais de Tokyo avait donné carte blanche à Adam Mc Ewen (britannique né en 1965 mais vivant à NYC)  pour venir combler l’espace immense, les salles grandioses à la lumière parfaite.

Je n’ai pas cherché à comprendre, à me mettre à la place de l’artiste. J’ai gardé mon libre arbitre ; J’ai marché dans cet espace,  je me suis laissée gagner par les oeuvres ;  j’ai cherché l’émotion.

A.McEwen nous offre son musée imaginaire : des oeuvres radicalement opposées sont présentées : Certaines ont les pieds ancrés dans la réalité, d’autres sont en  apesanteur, d’autres sont virtuelles. Certaines sont complètement figuratives, d’autres abstraites. certaines sont minimalistes, conceptuelles, d’autres se concentrent sur des points de détail.

Qu’ai je retenu de cette exposition ?

Le titre ? Fresh Hell … Nous serions si loin de cela des flammes de l’enfer ? Voilà, le titre de l’exposition donne le ton de l’oxymore, de la contradiction.

J’ai retenu 5  oeuvres :

1/ Trois têtes décapitées, lors de la révolution française, trois têtes de statues provenant de l’église Notre Dame de Paris. Donc datant du moyen-âge. Même si elles sont abimées, ce trio est splendide. La pierre y a une certaine fragilité. Ces trois têtes dégagent à la fois de la gravité et de la fragilité.

2/ Le marché déserté, cette oeuvre (mais s’agit-il d’une oeuvre ?) de Michael Landy mange à elle seule une bonne moitié de l’espace de l’exposition. Le visiteur peut évoluer dans cet espace absurde où le vide est maître. Deux terminaux de Télévision, passent en boucle des images de marché : ouvriers transbahutant des cageots de fruits et légumes, qui seraient prêts à être installés sur toutes ces étales qui n’attendent que de la marchandise. En absence de marchandise, d’acheteurs et de vendeurs, le marché n’existe pas, n’a pas lieu d’être. Il est tout simplement IMPOSSIBLE.

3/ »Memoral of the good old time » datant de 1987, de Martin Kippenverger un énorme container fermé, noir, en plastique, fait pour pouvoir y jeter tout le passé, les bons comme les mauvais souvenirs.

Cet objet jette un froid, par son aspect massif, lugubre, et aussi, sa fragilité.

4/ « Playboy for the blind », un exemplaire du magazine « Playboy » en Braille !!! oui oui !

Oeuvre de Barbara Bloom, la revue est ouverte : à gauche une page en braille, l’autre page montre une photo de Marilyn Monroe lisant Ulysse. La photo est d’Eve Arnold et date de 1954.

5/ un labyrinthe suspendu, en apesanteur et non posé sur le sol.

Le visiteur est invité à s’y promener. Ce labyrinthe est fait de fines baguettes de bois, suspendues au plafond par des fils ou ficelles.

les labyrinthes sont assez fréquents dans les églises chrétiennes : Ils sont dessinés à même le sol. Celui de la cathédrale de Chartres est un des plus connus.

Le labyrinthe image du monde n’est pas un dédale où se perdre, mais un chemin à suivre, une invitation à suivre la voie tracée, à effectuer un pélerinage « virtuel » : Ci-dessous, le labyrinthe de la cathédrale de Chartres :

Et celui de la cathédrale de Reims.

Voilà, en l’espace d’une heure, j’ai voyagé dans le temps, dans l’espace, dans des espaces vides de tout sens et d’autres sensés, plein de sens.

Je suis passée d’objets sacrés à des objets les plus futiles. Cette exposition n’est pas stérile.