Passerelle – (2)

l’échange de prisonniers

Je m’étais retournée, une dernière fois. J’avais jeté un dernier coup d’oeil sur la petite eau-forte de  REINHOUD que je voyais lorsque je quittais le salon.

La porte de l’appartement était bien fermée. J’avais l’impression d’y avoir laissé l’intégralité du passé.

J’étais partie pour le jardin des Tuileries, avec l’impression d’avoir tout quitté.

Le ciel était bleu pâle ; ce bleu n’était pas franc,  certainement à cause de la pollution. Le soleil brillait. Il faisait un froid glacial. Le vent du nord accentuait l’impression de froidure.

Il n’y avait quasiment personne. Quelques couples marchaient.

J’étais seule, à être seule.

Je suis passée devant le champ de lavande où cet inconnu avait fait exister mon pied.

Le sol du jardin était recouvert d’une neige verglacée. Le soleil se réverbérait sur la glace. J’avais besoin de lumière, de soleil.

Les fauteuils, chaises semblaient avoir été abandonnés.

Tous les oiseaux s’activaient, bougeaient pour ne pas geler sur place. Les mouettes marchaient sans encombre sur la fine pellicule de glace des bassins.

Après m’être assise devant le champ de lavande, songeuse, j’ai marché pendant une bonne demi-heure, pour oublier que tout le monde m’avait oubliée. Je n’avais eu droit à aucun signe pour célébrer la nouvelle année. Personne ne m’avait envoyé un signe quelconque. Je ne sais pas quelle malédiction était collée à moi. J’étais maudite.

Les arbres étaient noués, leur ossature semblait souffrir en silence, comme je souffrais moi-même.

C’était peut-être mieux ainsi, démarrer l’année avec rien, puisque désormais, le terme de l’année était arrivé, et même dépassé. J’avais donc trépassé.

2010 me semblait de plus en plus loin de moi, si vague. Ma mémoire défaillait.

Il fallait que je ressuscite de mes cendres tel un phénix, le plus beau des oiseaux. Il faudrait nourrir mon imaginaire ailleurs, apprendre à vivre dans la solitude. Ne rien attendre, ne s’attendre à rien.

J’avais l’impression d’être coupée en deux, d’avoir été tranchée par la lame d’une épée.
Le coup avait été parfait, à tel point que je le sentais physiquement.

Ces deux passerelles, celle du 31 décembre 2010 et celle du 1er janvier 2011 sont pour moi, comme un échange de prisonniers entre deux territoires, deux espaces temps.

Je fais ce voyage unique, particulier : une partie de moi-même est avec moi pour franchir cette passerelle, dans le sens du futur vers 2011 et j’ai eu le sentiment étrange, si bizarre de voir une autre partie de ma personne, rester en 2010.

L’échange a été mené au terme.

Le nettoyage a été fait. La place est nette

Il faut écrire, j’avance.

Il me faut perdre le moins de temps possible.

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