Exercices – (2)

Tout ce déplaisir s’accumulait ; j’allais exploser. Je le ressentais. Il ne fallait que la goutte d’eau pour faire déborder le vase.

J’étais impassible, j’ai aperçu cette goutte d’eau venir, s’approcher. Elle se précisait. Elle s’est plantée sur mon front, comme l’aurait fait un bourreau chinois.

Je suis alors littéralement, sortie de mes gonds. J’étais « hors de moi », ce que j’ai du mal à me représenter. J’ai explosé de colère, vociférant, hurlant mes mots, avec lucidité, avec froideur, sans aucune complaisance. J’exprimais, ce que je refoulais depuis 4 ans.

Je sentais les traits de mon visage se tirer, se fatiguer. Je sentais les pâles couleurs s’enfuir de mon visage, que j’imaginais blême de colère. J’avais peu de ressources. Je les économisais, les utilisais avec parcimonie.

Pendant ces 5 minutes, j’aurai puisé toute la force qui restait en moi.

Non, ce que je disais n’était pas négatif, c’était pire, de pire en pire, c’était le vide, le néant, la négation de mon existence.

Non, rien ne s’était amélioré depuis un an. Les êtres humains sont hypocrites, le système est pervers. Car il me fallait dire, explicitement, le degré extrême de mon déplaisir.  Rien, absolument rien pourrait inverser la tendance.

Ma voix, habituée au silence, se fatigue vite. Le chat est vite apparu dans ma gorge, à moins que ce ne soit l’émotion. J’étais épuisée de ne pas être entendue, de ramer à contre-courant, de livrer des efforts pour rien ou si peu, de pousser ce rocher jusqu’aux plus hauts sommets de cette terre, tel Sisyphe,  et que mon effort soit ruiné, parce qu’il souhaitait me faire sentir leur déplaisir, engendré par d’autres que moi.

J’avais fait depuis longtemps une croix sur ce monde qui était incompatible avec le mien. Je  me réfugiais dans la partie de mon monde qui m’enchantait, mais que je venais de perdre.

Déboussolée, le déplaisir se répandait, telle une nappe de pétrole, sur ma table d’écriture, partout sur mon Monde ;

Je ne voyais aucune issue. Ils cherchaient 30 personnes. Et bien, pourquoi ne pas prendre un fusil mitrailleur, et tirer au hasard dans la foule. Et d’ailleurs, qu’ils n’en cherchent que 29, je me portais volontaire pour l’exécution.

Je me sentais tellement atrophiée, réduite à néant, si proche de l’état de « morte », survivant dans un mouroir, qu’ils tirent sur moi, qu’ils m’abattent.

Cela permettrait de mettre un terme à mon enfer.