Eloge de l’accident

Dans les bras d’un homme, j’oubliais tout. Lorsque je reprenais mes esprits,  je pensais immédiatement à lui, cet autre, cet extraordinaire, cet accident.

J’étais tellement angoissée de penser, repenser à lui, qu’il me fallait être dans cet état d’extase, auquel j’accède après un échange amoureux, pour pouvoir me souvenir de cette histoire hors-norme, penser à cet accident qui n’a dû arriver qu’une fois dans l’éternité!

Je pensais à ces instants volés à l’éternité et pouvais me remémorer alors ces instants de bonheur,  nos deux corps renversés, liés, enlacés, retournés dans ces échanges amoureux.

L’univers est apparu,…  la terre, notre planète avec la vie, a jailli, … Tous nos ancêtres, les siens, mais aussi les miens se sont accouplés, et reproduits en donnant la vie à nos aïeux ; le temps a succédé au temps…

D’être sur cette terre, dans le même intervalle de vie, relevait déjà du miracle !

De nous être rencontrés une fois, en ce mois de mai, dans cette librairie en plein coeur de Paris, où il avait remarqué plus le livre que je lisais, que ma personne, en me disant, que c’était lui qui l’avait écrit, ce qui était un mensonge, sans l’être, relevait d’un autre miracle.

De nous être rencontrés une deuxième fois, en ce début du mois de juin, deux semaines plus tard, à l’autre bout de Paris, dans une autre librairie, nous avait tout simplement terrassés ! Non, il ne s’agissait pas d’un coup de foudre, ni de ma part, ni de sa part !!! Il ne voulait pas me reconnaître. Il avait eu ce déni.

Devant tant de fragilité, d’incertitude, alors que tout nous séparait, mis à part ces deux accidents qui avaient entaillé si profondément le temps, nous avions échangé nos adresses e-mail. Face à l’innommable, nous serait-il donné de nous rencontrer dans l’univers, une troisième fois ?

D’où venait cet homme si étrange auquel je ne m’attendais pas – ni une fois, ni encore moins une deuxième fois -?

Il devait se poser la même question me concernant. Comment ne pas être troublés par cet accident ?

Quand, dans cette éternité, procéderions nous à un échange amoureux  ?

Car j’ai su, et lui aussi,  dès le bis de l’accident initial, que nous nous serons retournés ensemble un jour ou une nuit, nous aurons vécu la plus belle histoire d’amour,  à la fois empreinte d’incertitude mais aussi de réalité, de certitude de la vivre dans un « à venir », car écrite, inscrite, scellée dans le futur, dans le « future perfect », le futur antérieur !

Nous nous sommes joués du temps, en le faisant durer une éternité, pour mieux profiter de l’instant présent, à venir, pour que le désir soit à son zénith.

Devant tout ce que nous avions volé à l’éternité, devant ce trou béant, cet accident du temps, de la géographie, nos échanges amoureux imprévisibles ont été d’une exceptionnelle intensité électrique.

Et puis, en ce mois de juillet, si beau, il a disparu une fois, et pas deux, pour l’éternité, sans dire au revoir, comme si ces deux accidents n’étaient jamais arrivés, comme si je n’avais jamais existé.
Il n’aurait donc pas à m’oublier.

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