Délire géographique

J’étais en train de plonger, toujours plus profond, en apnée totale, entraînée par cette gueuse de plusieurs tonnes. Etais-je dans la « Fosse des Mariannes » ? A ces niveaux de profondeur, l’obscurité est totale. J’évoluais dans l’adversité, à contre-courant.

Mon déplaisir était tel que j’étais « le déplaisir ».

J’avais l’impression de traîner mon ancre, dans la « Baie de l’Inutile », puis de diriger mes pensées vers « l’île de la Désolation », pour rejoindre, « l’île de la « Deception » ».

Telle une « Alakaluf « , le mot « Bonheur », avait disparu de mon vocabulaire,  et j’expulsais mon encre, telle une seiche, pour décliner, en quelques secondes,  le mot « malheur »  en 1000 synonymes ;

J’étais encline à me replier sur moi-même et tout obturer.

Ce « point de Bozorgmehr », ma géographie intime, était un leurre, tel le « mont Eden », un paradis (perdu), qui débouchait sur la neuvième plaine de l’enfer, sans autre perspective que le néant.

Le « point de Bozorgmehr » avait pris un tel poids, qu’il me décentrait, m’isolait dans mon monde.

J’avais cette fausse idée, cette illusion, qu’il me fallait un contre-poids, de la solidité, pour mouvoir mon monde, le ré-incliner dans son axe d’origine et ainsi, inverser la tendance.

Au lieu de m’acharner à tirer le rideau de la scène avant qu’il ne se lève, à fermer les persiennes et quitter cette terre qui restait à découvrir, ne fallait-il pas, au contraire, se laisser aller ?

A. disposait, comme moi, de cette latitude absolue. Il ne demandait, qu’à m’insuffler de l’air, de l’oxygène, à prendre ma main, et se poser avec moi, sur ce globe, là où le climat est clément, le relief adouci, avenant.

Pourquoi ne pas me laisser porter par le courant favorable, aller à la dérive, en compagnie d’A., et voir ce Dr Faust de Marlowe ?

Pourquoi ne pas inventer, ensemble, la géographie de notre monde ?

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